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Un prêtre prédateur a pu agir sans aucune inquiétude

Une enquête évoque des soupçons sur son comportement dès les années 1980

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Les autorités de l’Archevêché de Montréal ont laissé agir impunément le prêtre pédophile Brian Boucher pendant des décennies malgré des doutes persistants sur ses agissements, révèle une enquête indépendante.  

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« Il y a vraiment beaucoup de personnes [qui] ont collaboré à ce que les actes se poursuivent​ », souligne Jean-Guy Nadeau, un théologien qui s’intéresse aux abus sexuels dans l’Église catholique, en référence au rapport de l’ancienne juge Pepita G. Capriolo. 

C’est elle qui s’est penchée, à la demande de l’Archevêché, sur le « déplorable parcours » de Brian Boucher, condamné l’an dernier à huit ans de prison pour avoir agressé sexuellement deux mineurs. 

Son mandat était d’enquêter sur « qui savait quoi et quand » au sujet des plaintes dont le religieux a fait l’objet, depuis son entrée au séminaire jusqu’à 2019. 

Publié mercredi, son rapport de 283 pages est accablant pour l’Archevêché, alerté plusieurs fois de « l’homophobie, de la misogynie, du racisme et des agressions verbales, voire même physiques » de son curé au fil des ans.

De surcroît, les avancées sexuelles indésirées du prêtre envers des jeunes hommes ont été ignorées par ses supérieurs ou effacées des archives de l’Église, note la juge Capriolo.

« Les personnes [impliquées dans l’éducation, la formation et la carrière de Boucher] se sont lancé la balle, sans jamais se charger des plaintes reçues », affirme-t-elle catégoriquement. 

Parmi ceux qui auraient détourné le regard, la juge mentionne le cardinal Marc Ouellet, qu’elle a interrogé au Vatican, l’ancien archevêque de Montréal Jean-Claude Turcotte et l’archevêque de Halifax
Anthony Mancini.   

  • Écoutez l'entrevue de Mgr Christian Lépine sur QUB radio    

Soupirs de soulagement

L’une des victimes de Brian Boucher s’est dite « heureuse » des conclusions de l’enquête, rapporte son avocat, Me Alain Arsenault. 

Après avoir déposé une dizaine de recours collectifs contre des congrégations religieuses, ce dernier estime que l’enquête fouillée de la juge Capriolo établit un nouveau standard de transparence. 

« Nous accueillons les conclusions du rapport avec humilité et un profond regret », a pour sa part affirmé Mgr Christian Lépine, lors d’une conférence de presse. 

Ce dernier s’est engagé à mettre en place les 31 recommandations de la juge Capriolo d’ici l’automne 2021.    

  • Écoutez Me Alain Arsenault, avocat travaillant auprès de victimes d’agressions sexuelles par des membres du clergé   

Remise en question

Pour Alain Pronkin, spécialiste en actualité religieuse, l’Archevêché n’avait pas d’autre choix que d’agir contre Brian Boucher. « C’est le plus gros cas de prêtre pédophile du diocèse, et ça ne remonte pas aux années 60. »

« La question à poser maintenant, c’est combien d’autres prêtres ont commis les mêmes gestes que lui avec la protection du diocèse ? », demande Me Arsenault.  

Un rapport accablant  

« Des rumeurs au sujet de son intérêt malsain envers de jeunes garçons circulaient depuis les années 1980 et avaient été communiquées aux autorités du Grand Séminaire de Montréal et de l’Archidiocèse. »

« En mai 2002, Mgr [André]Rivest avait dressé une liste de prêtres “problématiques”, dans laquelle le nom de Boucher figurait sous la rubrique “Pédophilie”. » 

« L’une des remarques les plus courantes que j’ai entendues de la part des nombreuses personnes que j’ai interviewées était “je n’avais pas l’autorité pour agir”. »

« Quant aux véritables décideurs, comme le cardinal [Jean-Claude] Turcotte, il semble que même après avoir reçu des informations inquiétantes [...] il était plus facile de ne rien faire. »