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Je suis une minorité visible et j’aime mon Québec

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Oui, en tant que personne à la peau foncée, j’ai déjà vécu du racisme au Québec. Mais il ne me viendrait jamais à l’esprit de traiter le «peuple dominant» de raciste. Je n’ai pas le sentiment d’être méprisée par une majorité de personnes. Je ne me sens pas non plus oppressée au quotidien. Au contraire, mon entourage est composé de gens de mille horizons et cette diversité est une richesse que nous devons préserver des tensions sociales. Je dis oui à la dénonciation des discriminations de toutes sortes, mais je dis fermement non au «Québec bashing» qui ne fait que nous éloigner les uns des autres.  

La lutte contre le racisme est vraie, et elle doit continuer. Y parviendra-t-on en divisant? Y parviendra-t-on en considérant les «Blancs» comme des oppresseurs? Chacun de nous a le choix, aujourd’hui, mais surtout, chacun de nous a le pouvoir et le devoir de prendre sa place dans la société. L’humoriste Adib Alkhalidey y est parvenu. Il est ce visage que certains jeunes issus de l’immigration recherchent dans les médias pour s’identifier. Et ça, on devrait le dire aussi. Parce que si on doit dénoncer des réalités, on doit aussi être justes et admettre qu’on a notre place au Québec, malgré les embûches. C’est frustrant d’avoir à se battre, je sais, et on ne devrait pas avoir à le faire. Mais ce n’est malheureusement pas la réalité. Prenons notre place dans cette société qui est maintenant la nôtre. Si on attend qu’on nous tende la main, on attendra encore longtemps. Le jour où on comprendra qu’on n’a rien à demander à qui que ce soit, on sera libres de nos chaînes. 

S’intégrer pour avancer

Il ne faut juste pas oublier que nous sommes sur une terre d’immigration, donc en minorité. Notre chance de réussite passe pour moi par l’intégration. Nous n’avons rien à gagner à nous radicaliser et à nous mettre à dos des personnes qui n’ont rien contre nous. Parce que, oui, je le crois sincèrement: la majorité des Québécois «blancs» ne sont pas racistes. La marche BLM du 7 juin dernier à Montréal a bien démontré que ce combat en est un commun. L’équité, nous l’atteindrons en marchant côte à côte, pas séparés chacun de son côté. Si nous choisissons d'emprunter la voie de la division ou du communautarisme, les tensions subsisteront. Pour ceux qui seraient tentés de me lancer que je suis une «house negro», je vous réponds tout de suite: non, je ne suis dans la maison d'aucun maître. Je suis ici chez moi. Personne n’a de pouvoir sur moi, personne ne peut m’oppresser. 

Pensons aux générations futures. Voulons-nous vraiment que nos enfants ne se sentent pas chez eux ici? Voulons-nous vraiment recommencer ces luttes éternellement? Ou sommes-nous prêts à nous armer de courage et à nous intégrer pour leur ouvrir le passage? Je ne crois pas qu’il nous sera utile de cultiver la méfiance du «blanc privilégié». Créons des ponts avec nos alliés malgré les défis qui subsistent. C’est l’avenue que j’ai choisi d’emprunter pour ouvrir la voie à ma fille. J’ai moi aussi déjà eu cette rage en moi. Mais j'ai finalement compris que ce combat ne se fera pas sans l’autre. Éduquons ceux qui ne veulent pas suivre la parade à l’aide d’ateliers dans nos écoles ou de formations dans nos milieux de travail. Prenons des mesures pour empêcher le racisme individuel de faire des ravages au niveau de l’accès à l’emploi. Parce que s’il y a un endroit au monde où nous pouvons rêver d'une société où tous se tiennent par la main, c’est bien au Québec.

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