/world/usa
Navigation

COVID-19: les États-Unis ont su anticiper la production de vaccins

Entrevue avec un spécialiste

Coup d'oeil sur cet article

Des vaccins potentiels développés en un temps record, à l’aide d’investissements colossaux, mais pas seulement grâce à cela: les États-Unis ont su prendre de l’avance, souligne Loïc Chabanier, spécialiste en santé pour le cabinet de conseil et d’audit EY, dans un entretien à l’AFP.

Qu’est-ce qui a permis une avancée aussi rapide des vaccins contre la COVID-19?

Le temps classique pour un vaccin, de la découverte à la mise à disposition, c’est 10 ans, voire plus. Ce qui coûte cher et ce qui est long, c’est la partie «développement», l’ensemble des essais cliniques [sur l’homme]. Sachant qu’une phase deux d’essais cliniques peut durer quelques mois et qu’une phase 3 (la dernière avant l’homologation) peut durer des mois, mais souvent plusieurs années.

Mais il y a différents types de vaccins. Et ici, c’est un vaccin sur une maladie virale, dont le virus n’était pas tout à fait inconnu puisqu'on avait déjà des connaissances sur d’autres épidémies de coronavirus. Par ailleurs, la dimension recherche sur ce type de vaccin est mieux maîtrisée et il faut souligner l’effort massif de plusieurs dizaines de milliards d’euros d’investissements injectés, le plus spectaculaire étant aux États-Unis. En France, on a certes moins de milliards sur la table, mais le pays a remobilisé les équipes de recherche, les promoteurs académiques ou industriels pour réorienter leurs efforts sur le virus. Si on met tout bout à bout, entre les nouveaux investissements et ceux redirigés sur la COVID-19, cela représente des sommes également considérables. 

Pourquoi les États-Unis sont-ils en avance, deux de leurs laboratoires ayant déjà annoncé des résultats d’efficacité?

Il n’y a pas de surprise, la force de l’investissement a eu un effet accélérateur extrêmement important. Mais il y a aussi le fait d’anticiper beaucoup de choses. Il faut, derrière les phases cliniques, être capables d’anticiper la production, l’approvisionnement, ce qui a été fait aux États-Unis avec des investissements sur toute la chaîne de valeur d'approvisionnement, que ce soit en matières premières, en flacons...

Il faut aussi prendre en compte le fait que dans certains pays d’Europe ou aux États-Unis, un certain nombre de protocoles sont moins contraignants et peuvent accélérer les choses, cela a permis de prendre de l’avance.

Beaucoup de choses ont été faites en France aussi. Quand on regarde le délai moyen de démarrage d’un essai clinique, il a été quasiment divisé par dix entre le dépôt de dossier à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé et l’inclusion d’un premier patient dans l’étude. Malgré tout, un certain nombre de règles sont contraignantes dans certains pays comme la France et peuvent ralentir le processus. 

Est-ce que ces futurs vaccins contre la COVID-19 peuvent rapporter gros aux laboratoires, sachant que certains ont annoncé qu’ils les vendraient à prix coûtant?

Il est trop tôt pour évaluer les stratégies des laboratoires. L’industriel qui commercialise un vaccin en premier dispose d’un plus indéniable en matière d’image de marque. En revanche, les autres industriels vont également développer des vaccins qui auront des aspects moins contraignants en matière de conservation. Derrière, cela concerne l’ensemble de la population, il y a des modes d’administration qui ne sont pas les mêmes, des modes de conservation qui peuvent être plus faciles, tous ces éléments entrent en jeu. Même quelqu’un qui vend à prix coûtant, cela reste un modèle qui peut être intéressant. En Europe, ce sera un réel élément différenciant, en matière d’image. Notamment dans les échanges avec les pouvoirs publics.