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Des leçons de la présidence Trump

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Photo AFP

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Si Joe Biden ne prêtera serment que le 20 janvier et qu’il est prématuré d’effectuer un bilan complet de la présidence de Donald Trump, je tire déjà deux enseignements de cette période particulièrement houleuse.

Une démocratie fragile

Ce n’est pas parce que le candidat défait a échoué dans sa tentative de renverser les résultats de l’élection que tout va bien. Certains garde-fous constitutionnels ont joué leur rôle, mais des lacunes ont été exposées.

Il ne faudrait jamais oublier que le président n’a eu qu’à crier au complot et à miser sur la désinformation pour ébranler les convictions de la population. Comme la gestion des résultats repose souvent sur la volonté des législatures d’état, on a assisté sans broncher à une intervention directe du président auprès de certains élus. 

Plus que jamais nous avons constaté la désuétude du collège électoral. Non seulement il permet trop souvent à la minorité d’imposer sa volonté, mais il autorise encore quelques grands électeurs à modifier le vote de la population. 

Toute la stratégie du duo Trump-Giuliani reposait sur cette possibilité. L’incompétence et le manque de préparation de l’équipe d’avocats du président auront finalement permis d’éviter une crise constitutionnelle. 

Si on convient du fait que la démocratie repose sur la confiance, convenons aussi du fait qu’elle est ébranlée. Gênant pour le pays qui se targue d’avoir « la meilleure démocratie du monde ».

Des élites déconnectées

Autre leçon importante des quatre dernières années ? Les élites culturelles et intellectuelles sont déconnectées de la réalité de nombreux Américains. Il me semble évident qu’on écoute de moins en moins l’ensemble des citoyens. Nous savons déjà à quel point ce grand pays est complexe et la fracture entre les centres urbains et les zones rurales est incontestable.

On aurait tort d’oublier que la victoire de Trump en 2016 a prouvé que les élites se trompent souvent. Oui, ces mêmes élites qui ne sont jamais parvenues à expliquer pourquoi on a préféré le milliardaire à Hillary Clinton.

Trump a misé sur la nostalgie pour l’emporter et si les défis du 21e siècle exigent qu’on s’adapte à de nouvelles réalités, on ne peut balayer du revers de la main les craintes d’une portion de la population blanche face à la mondialisation, l’immigration ou la croissance démographique.

Les quatre dernières années ont démontré la force du trumpisme et cette mouvance survivra au départ du président. On devrait cependant continuer à s’y intéresser pour mieux la comprendre. 

On peut dénoncer l’adhésion aux thèses complotistes de QAnon, mais on ne peut faire l’économie d’un examen profond des raisons qui expliquent la popularité de ce genre de mouvements.

Interrogé récemment sur les leçons à tirer des quatre dernières années, le chercheur Francis Fukuyama a répondu en toute modestie qu’il en retient surtout sa compréhension bien incomplète de la société américaine et des motivations de ses concitoyens. Retenons la leçon et continuons à étudier notre voisin, mais sans complaisance et sans préjugé.