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Décorations de Noël: la crèche est-elle en voie de disparition?

Signe de l’éloignement du patrimoine religieux, certains commerçants ne vendent plus de scène de la nativité

Quebec
Photo Stevens Leblanc La Boutique de Noël de Québec fait partie des rares commerces où l’on peut toujours trouver une crèche. « On en aura tout le temps », assure le propriétaire Marc Gaboury.

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L’achat d’une crèche de Noël se complique alors que de moins en moins de marchands tiennent la «Nativité» en inventaire. Avec le déclin continu de la pratique religieuse au Québec, il s’agit là de la suite logique d’une tendance bien ancrée, estiment des experts.

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Un rapide coup d’œil sur les sites web des grands détaillants de la province permet de voir que les scènes de nativité qui habillaient autrefois les dessous d’arbre de Noël sont de plus en plus rares.

Seule une poignée de marchands vendent des crèches et bien souvent, un ou deux modèles seulement sont disponibles et les quantités, limitées.

Questionnée à cet effet, la chaîne Canac admet ne plus tenir de crèches en inventaire depuis plus de 10 ans. Positionnement laïque dans une société où l’accommodement a fait couler beaucoup d’encre?

«Pas du tout. Nous, on est en affaires, si ça se vend, on va en avoir», lance avec franchise le directeur marketing de la chaîne, Patrick Delisle.

«C’est vraiment une question de demande. Notre modèle d’affaires est basé sur les items à volume et ces produits étaient de moins en moins en demande avec les années.»

L’exception réside dans les boutiques spécialisées, comme à la Boutique de Noël de Québec. «On en aura tout le temps», assure le propriétaire Marc Gaboury.

«Chronique d’une mort annoncée»

Ce sont donc les lois du marché qui auraient tranquillement raison des crèches de Noël.

«Je ne suis pas surpris du tout» lance l’historien et coauteur du livre La Fête de Noël au Québec, Pierre Lahoud. «La société change, évolue. Il a certaines traditions qui vont prendre le bord et la crèche en est probablement une», analyse-t-il.

L’historien y dresse un parallèle évident avec la fréquentation en chute libre dans les églises. Les générations pour qui ces symboles étaient importants nous quittent un peu plus chaque année. La logique du temps qui passe.

«C’est un peu la chronique d’une mort annoncée. On assiste à une espèce de démonstration de la disparition d’un patrimoine», explique Pierre Lahoud.

Et ça se poursuivra

Même avis pour Jean-Philippe Perreault, qui étudie l’évolution de la religion sous un angle sociologique. L’attachement culturel à des symboles comme la crèche plombe rapidement.

«Après la baisse de la pratique religieuse dans les années 70, il s’est maintenu une appartenance culturelle au catholicisme. [...] Mais cet élément de la culture, de ces références tend à s’effriter», décrit celui qui est professeur à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval.

Et la tendance n’ira pas en ralentissant prévient l’expert.

«Quand on regarde les années 90, les gens étaient à distance des institutions religieuses, parfois même critiques, mais il y avait une culture commune qui demeurait, un liant social. On allait à la messe à Noël et à Pâques, puis les funérailles étaient catholiques parce qu’on ne savait pas faire autrement. [...] Mais de génération en génération, l’effritement continue et ces dernières années, on a vu un emballement de ce phénomène», analyse M. Perreault.