/opinion/columnists
Navigation

Simon Jolin-Barrette a-t-il un avenir?

Le ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette
Photo Stevens LeBlanc Le ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette

Coup d'oeil sur cet article

Il ne manque ni de courage ni de conviction. Le jeune ministre responsable de la langue française doit de toute évidence calmer encore ses ardeurs.

Il connaît dans les moindres détails quel sera l’état quasi calamiteux de l’avenir du français à Montréal s’il n’y a pas d’intervention de sa part. La patience du ministre est mise à rude épreuve. À cause de son protecteur dans un passé encore récent, le premier ministre François Legault.

• À lire aussi: Jolin-Barrette ouvre la porte à la loi 101 au cégep, Legault la referme

• À lire aussi: La loi 101 sera réformée en profondeur

Après sa sortie surréaliste cette semaine – et en un sens inexplicable –, alors que Jolin-Barrette s’est limité à préciser le nouveau projet de loi 101 supposément amélioré, mais qu’il n’a pas encore le mandat d’annoncer, on peut s’inquiéter sérieusement.

Comment interpréter ses paroles quand il déclare être en « réflexion » sur la possibilité d’allonger l’obligation d’étudier en français jusqu’au cégep pour les immigrants et les francophones ?

Voie royale

Le ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette
Photo d'archives, Ben Pelosse

L’expansion au coût de 50 millions du cégep Dawson, un projet du gouvernement Couillard, se justifie par l’offre et la demande. Les étudiants, pour une partie parmi les meilleurs, piaffent d’impatience de s’inscrire dans le système anglais. Pour les immigrants, c’est la voie royale pour s’intégrer dans le Canada multiculturel auquel ils s’identifient d’abord.

Le premier ministre Legault refuse, lui, d’interdire l’accès des cégeps anglophones aux étudiants francophones. Au nom du pragmatisme qui le caractérise ? Sans doute. Mais l’évolution démographique du Québec ne devrait-elle pas alerter le nationaliste qu’est l’ex-ministre péquiste ?

Quelles sont les solutions politiques envisagées par le défenseur de l’identité québécoise pour contrer l’attrait irréversible, à l’évidence, de l’anglais ? Auquel cède même un pays comme la France, qui introduit l’anglais dans ses grandes écoles, comme HEC et les instituts d’études politiques, des lieux, précisons-le, où l’on forme l’élite dirigeante française. 

Les étudiants qui sont formés dans les lycées français jusqu’au baccalauréat reçoivent une éducation de haut niveau intellectuel où le français, l’histoire et la philosophie leur permettent d’appréhender la culture universelle en français. 

Découvrez À haute voix, une série balado sur les enjeux de la société québécoise contemporaine, par Denise Bombardier.

Assimilation

Qui peut prétendre qu’un finissant de l’école secondaire au Québec a reçu en français un solide bagage culturel ? Quelle est la qualité de sa langue écrite et parlée ? A-t-il suffisamment de repères en histoire ou en français pour entrer dans la culture anglophone, et est-il suffisamment bien armé pour résister à une assimilation dans le contexte anglophone de notre minorisation historique en Amérique du Nord ?

François Legault peut-il à la fois défendre la conception française de la laïcité et ouvrir les portes de l’anglicisation à une jeunesse québécoise pour qui le nationalisme est un concept archaïque ? Et pour qui la laïcité est une forme de racisme.

Le gouvernement Legault ne peut pas livrer le système d’éducation francophone public à l’assimilation inéluctable.

François Legault ne peut pas en son âme et conscience de Québécois nationaliste, mais toujours pragmatique, terminer politiquement la tâche héritée de l’antinationaliste Philippe Couillard. L’investissement à hauteur de 50 millions de l’agrandissement du collège Dawson est intolérable pour quiconque se prétend le protecteur du Québec français.

Après les cégeps, ce sera le tour de l’université. D’ailleurs, c’est déjà fait dans quelques facultés. François Legault, artisan de notre disparition progressive ? Il y a de quoi être découragé collectivement !