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Un lourd prix à payer

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Simon Jolin-Barrette

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Depuis l’adoption de la loi 101 en 1977, tous les premiers ministres ont refusé d’étendre son application jusqu’au cégep. Idem pour François Legault. La raison est essentiellement électoraliste.

Les francophones étant nombreux à tenir au « libre choix » de pouvoir étudier au cégep en anglais, aucun gouvernement n’a voulu risquer de leur déplaire. 

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Face aux reculs évidents du français, cette position « classique » des électeurs serait-elle en train de bouger ? 

Selon un récent sondage Léger réalisé pour le Mouvement national des Québécois, plus de 70 % des francophones sont préoccupés par la situation du français. 67 % sont persuadés qu’elle sera encore pire dans 10 ans. 

En toute logique, 77 % sont d’avis que le gouvernement devrait renforcer la loi 101. 

Et pour les cégeps ? La moitié des francophones se dit maintenant favorable à limiter leur accès aux étudiants ayant fait leur secondaire en anglais. 

Ce qui, pour les francophones et allophones, mettrait fin au sacro-saint libre choix de la langue d’enseignement au cégep. Si cette position gagne du terrain, c’est que le déclin du français s’aggrave. 

Même au fédéral, le déni n’est plus une option. Après 25 ans d’inaction des gouvernements québécois en matière linguistique, c’est dire l’ampleur du gâchis.

Fin du déni

Se pourrait-il qu’avec son refus d’étendre la loi 101 aux cégeps, le gouvernement Legault n’ait pas encore pris la pleine mesure de ce qu’en pense une part importante de son propre électorat ? 

Cela dit, sondage ou pas, le prix à payer pour le libre choix de la langue d’enseignement au cégep est lourd. 

Ayant le droit de le faire, les allophones et les francophones sont nombreux à faire leurs études supérieures en anglais. 

Les dommages collatéraux s’accumulent. Le réseau collégial francophone en sort affaibli. On fragilise d’autant l’intégration des nouveaux Québécois. 

Le marché du travail s’anglicise par effet d’entraînement, y compris par et pour les francophones.

C’est loin d’être fini. Radio-Canada rapporte que 65 % des étudiants inscrits à un cégep anglophone sont des non-anglophones, dont 40 % d’allophones et 25 % de francophones. 

Notre Bureau d’enquête révèle que les « trois quarts des étudiants internationaux du réseau collégial montréalais ont choisi d’étudier en anglais ». Ouf !

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Courage

Bref, dans la métropole du seul État francophone en Amérique, le pouvoir d’attraction du français s’effrite dangereusement. La tendance est lourde et, sous certains aspects, rappelle en partie l’époque pré-loi 101.

Avant 1977, en situation de « libre choix » au primaire et secondaire, 85 % des enfants d’immigrants prenaient le chemin de l’école anglaise. 

D’où la décision du gouvernement Lévesque, par la loi 101, d’imposer aux francophones et allophones l’obligation d’étudier en français jusqu’à la fin du secondaire. 

Sa décision soulevait l’ire. Au fil du temps, cette mesure hautement coercitive a toutefois rapporté gros. Sans le courage de Camille Laurin, père de la loi 101, à Montréal, le français était voué au statut pitoyable de langue morte.  

43 ans plus tard, le libre choix de la langue d’études au collégial devient à son tour un des principaux facteurs contribuant à la précarisation du français jusque dans les milieux de travail.

Le ministre Simon Jolin-Barrette, dont le plan « costaud » pour renforcer la loi 101 se fait attendre, réussira-t-il à convaincre son premier ministre d’agir là où ses prédécesseurs ont refusé d’aller ? 

C’est peu probable.