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Le Centre Bell est sans voix

Michel Lacroix piaffe d’impatience d’annoncer le prochain but du CH

Entrevue de Michel Beaudry avec Michel Lacroix.
Photo Ben Pelosse La voix du Canadien depuis 43 ans, Michel Lacroix piaffe d’impatience de retrouver son micro au Centre Bell.

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« Le but du Canadien compté par le numéro 73, Tyler Toffoli, avec l’aide du numéro 17, Josh Anderson, et du numéro 44, Joël Edmondson. » Ça fait drôle, mais ce sont bel et bien les nouveaux du Canadien. Quand entendrons-nous cette annonce à pleins poumons au Centre Bell la prochaine fois ? Celui qu’on appelle votre annonceur maison, Michel Lacroix, attend.

J’ai trouvé, Michel. Le tout premier but que tu as annoncé au Forum, c’était le 30 mars 1977. Un match nul de 3 à 3 contre les Leafs pendant que tu remplaçais Claude Mouton. En première période, Lanny McDonald avait ouvert la marque. Quelques minutes plus tard, Doug Jarvis avait riposté. Un fait très rare ce soir-là, tu as annoncé un cinq minutes à Serge Savard qui s’était battu avec Pat Boutette.

Michel Lacroix œuvre au micro depuis 43 ans et il ne s’en lasse pas.

Pandémie oblige, son dernier but remonte au 10 mars. C’était en troisième période contre Nashville. Depuis, c’est le silence COVID et Michel Lacroix, l’annonceur officiel du Canadien, trouve le temps long. Il s’ennuie de son public. La surface n’est même plus glacée au Centre Bell et son micro est fermé depuis le traditionnel « soyez prudents pour le retour à la maison » de fin de match.

Tout un parcours

Lacroix, c’est un parcours formidable qui l’a mené du vieux Forum au Centre Molson devenu ensuite le Centre Bell, mais sa voix d’or, son sens du spectacle, sa façon de communiquer l’émotion lui ont fait faire le tour de la planète et plusieurs fois. Michel Lacroix , dans les grands stades, est considéré comme un des meilleurs au monde. Dix-sept fois, il s’est retrouvé aux Jeux olympiques. La première occasion, c’était à Montréal 1976, mais ensuite salut le reste de l’univers. Athlétisme, hockey ou cérémonies officielles, il est passé maître, on le veut partout.

Le début

Autre époque où Michel Lacroix se destinait à sauter dans le monde des communications.
Photo courtoisie
Autre époque où Michel Lacroix se destinait à sauter dans le monde des communications.

Au hockey, tout a commencé à Laval au banc du National, où il annonçait les buts de Mike Bossy et les punitions de Jimmy Mann au milieu des années 70. Aucun lien de parenté, mais c’est Pierre Lacroix, alors représentant pour Raymond Sport, qui l’avait recommandé à Johnny Rougeau, alors grand patron de l’équipe junior. Avec cette voix unique, on avait aussi conseillé à Michel d’aller cogner à la porte de CKAC. Le directeur des sports était alors un certain Claude Mailhot. La connexion a été instantanée et pour longtemps. 

Avant ça, le jeune Michel Lacroix, issu du Cégep du Vieux-Montréal, était l’adjoint de Jo Malléjac où il annonçait dans des compétitions d’athlétisme. Lui-même ex-sauteur en longueur, Michel a commencé à faire sa marque avec un microphone aux Jeux du Québec.

Dans les belles années 70, Michel partageait le travail au sein du CH avec son patron, Claude Mouton. Il a donc entamé sa carrière au milieu des alignements de rêve, des grands conquérants de la Coupe Stanley. Il garde des souvenirs impérissables, des anecdotes savoureuses, des moments privilégiés.

Le fameux but vainqueur d’Yvon Lambert précédé de celui de Guy Lafleur qui avait égalé les chances contre les Bruins le 10 mai 1979 donne encore des frissons à Michel, qui croyait voir sauter le plafond du Forum lorsqu’il a prononcé le nom des héros. 

D’hier à aujourd'hui

Un micro reste un micro, mais l’évolution technologique entre le Forum de l’époque et le Centre Bell d’aujourd’hui est phénoménale. Autrefois, Michel n’avait qu’à prévenir l’organiste de lui céder le plancher lorsque venait le temps d’annoncer. Aujourd’hui, Michel Lacroix est à la tête d’une lourde mise en scène où sont synchronisés continuellement les responsables du son, ceux du grand écran, les arbitres ainsi que les réseaux de télévision et de radio. Il n’a pas droit à l’erreur même dans les moments les plus compliqués.

Michel Lacroix a fait ses débuts au Forum au milieu des années 70.
Photo courtoisie
Michel Lacroix a fait ses débuts au Forum au milieu des années 70.

Il n’est pas rare que Michel doive s’adresser à la foule dans le feu de l’action quand deux adversaires s’engueulent après une bagarre. Concentration oblige. Il aura d’ailleurs entendu des enguirlandements en français, en anglais mais aussi en russe, et il se souvient d’une prise de bec entre Erik Karlsson, un Suédois, et Lars Eller, un Danois. Michel n’a jamais été capable de percevoir en quelle langue les deux gars se parlaient, mais il se souvient qu’ils ont conclu en éclatant de rire.

Sinon, il garde aussi en mémoire une discussion d’après bagarre entre Lyle Odelein et Tie Domi, qui disaient souhaiter que leur bataille soit relevée par Don Cherry à la télé.

Annoncer dans un grand stade exige précision et respect. Faut penser à la justesse de la prononciation des noms des joueurs étrangers. Avant un match, Michel ira demander à un nouveau joueur la prononciation exacte de son nom. Lorsqu’arrive au banc un joueur comme Sergei Vladimirovich Krivokrasov, autrefois des Blackhawks de Chicago, il ne faut pas l’échapper.

À remarquer la différence évidente entre l’annonce d’un but de l’équipe adverse et un but par un joueur du Canadien. L’émotion, la puissance dans la voix et les pauses bien senties sont des petits chefs-d’œuvre. Plus subtilement, il y a une attention spéciale pour un but compté par un adversaire mais qui est québécois. Il y a une petite coche singulière pour les p’tits gars de chez nous. C’est signé Michel Lacroix. 

En février 2014, avec Katarina Witt aux Jeux de Sotchi.
Photo courtoisie
En février 2014, avec Katarina Witt aux Jeux de Sotchi.

SALUT WILLIE !

1976, quelques semaines avant l’ouverture des Jeux olympiques de Montréal, Michel Lacroix était au milieu des grues et des travailleurs d’un Stade olympique achevé à la hâte. Le jeune annonceur est en répétition et multiplie les tests pendant que des spécialistes calibrent le son du nouvel emplacement. Sans cesse, on lui demande de répéter les mêmes messages. À un certain moment, Michel Lacroix demande au producteur s’il peut changer le texte.  

Il en a marre de toujours redire les mêmes choses. On le lui autorise et Michel empoigne alors le micro du stade vide : « Votre attention, s’il vous plaît. Monsieur Willie Brodeur, trucker, est demandé au banc de l’annonceur. »

Cette blague a 44 ans et le surnom de Willie est collé à Michel Lacroix depuis le même jour. Nous aussi on s’ennuie, Willie.