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Les perdants magnifiques

Éloge de la défaite
Photo courtoisie Éloge de la défaite / Dialogue avec Jérémie Peltier
Laurent-David Samana
Éditions de l'Aube.

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Éloge de la défaite, quel titre accrocheur pour un Québécois, dont la devise pourrait être, malheureusement, « De défaite en défaite, jusqu’à la victoire finale ! » : celles de 1755 avec la déportation des Acadiens, de 1760, de 1837-1838, de Riel, de 1980, de 1995 et quelques autres. On pourrait aussi penser à Donald Trump, l’ex-président des États-Unis, qui joue en ce moment les mauvais perdants.

« Perdre, c’est se confronter au monde tel qu’il est », nous dit Samana. Tous, nous allons connaître, un jour ou l’autre, la défaite dans nos ambitions, nos projets, nos désirs, nos amours, nos amitiés. Cela suppose des drames personnels, des déceptions, des souffrances, qu’il s’agisse de défaite personnelle ou de défaite collective.

Si la victoire est souvent synonyme de joie, souvent intense, la défaite, elle, est cuisante et se vit dans la souffrance, d’où le fait qu’on s’en souvienne davantage, explique l’auteur. Et de citer un passage du Portrait de Dorian Gray : « Quand votre jeunesse s’en ira, votre beauté s’en ira avec elle, et vous découvrirez alors qu’il n’y a plus de triomphes en réserve pour vous, ou vous devrez vous contenter de ces triomphes médiocres que le souvenir de votre passé rendra plus amers à votre cœur que des défaites. » 

Si la victoire a un effet rassembleur, la défaite, elle, tend à diviser. Mais certains partis semblent s’accommoder mieux que d’autres de la défaite. Pourquoi ? L’adversité, dans ce cas-ci, aurait plutôt un effet de « on serre les rangs » et de « on évite la chicane ». « La seule certitude qu’ils ont, c’est qu’ils ont raison. C’est justement ce qui les fait tenir », affirme l’auteur à propos des formations trotskystes en France, qui, même si elles savent qu’elles ne prendront jamais le pouvoir, persistent et signent. Moi, je pense, entre autres, à Québec solidaire, qui peut toujours rêver du Grand Soir...

Par contre, la défaite oblige à une réflexion, à une remise en question. Elle force l’analyse sur les causes de la déroute. Il faut alors penser à demain, car la victoire ne peut qu’être éphémère. C’est son côté positif. Ne dit-on pas que la défaite forge le caractère en prévision des batailles futures ? Pour Winston Churchill, politicien qui a connu de nombreux échecs dans sa carrière politique, « le succès, c’est d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme ». 

Persévérance 

Or, dur constat, on passe notre vie à perdre plutôt qu’à gagner. « Pour le meilleur et pour le pire, les défaites, petites et grandes, nous structurent donc davantage que les victoires. » L’auteur cite en exemple des hommes politiques français, mais la transposition est facile à faire avec nos propres politiciens. 

On n’a qu’à penser à René Lévesque, qui a dû s’y prendre à trois reprises avant d’être élu premier ministre du Québec. En sport, Michael Jordan est le plus bel exemple. Dans une publicité de Nike intitulée « Failure », on peut le voir avouer ses milliers d’échecs : « J’ai raté plus de neuf mille lancers au cours de ma carrière. J’ai perdu environ trois cents matchs. Vingt-six fois, on m’a fait confiance pour que j’inscrive le panier de la victoire... Et je l’ai raté... Tout au long de ma vie, j’ai échoué encore et encore... C’est la raison pour laquelle j’ai finalement réussi ! » 

C’est ainsi que ceux qui ont connu la défaite avant la gloire peuvent mieux gérer leur situation personnelle, faire preuve d’humilité et non de triomphalisme. N’empêche que la défaite fait toujours peur dans une société de plus en plus performante où l’on n’a pas le droit à l’échec, souligne Samana. La peur de perdre peut même engendrer la paralysie, car on ne veut plus rien risquer.

Pourtant perdre dignement peut valoir son capital de sympathie. 

Souvenons-nous de l’attitude noble et triste de René Lévesque, lors de la défaite du référendum de 1980 : « Si je vous ai bien compris, vous êtes en train de me dire : À la prochaine fois. » 

Le beau rêve pouvait continuer.

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