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Forte hausse de la demande de tutorat

Les élèves québécois accumulent du retard

GEN - CINDY LAPOINTE
Photo Martin Alarie Sindy Lapointe, conseillère pédagogique pour Tutorax, constate une prise de confiance chez ses enfants de 9 et 12 ans qui bénéficient de l’aide d’un tuteur depuis la rentrée.

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« On le voit depuis le début de la pandémie, il y a une hausse importante de l’affluence sur notre site et ça continue toujours d’augmenter », fait valoir Marc-Antoine Tanguay, directeur de la stratégie et porte-parole d’Alloprof.

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En septembre, la fréquentation sur la plateforme d’aide aux devoirs a bondi de 40 % comparativement à l’an dernier. En octobre et en novembre, elle grimpait de 50 % et de 55 %. 

Depuis la rentrée, le service de tutorat Succès Scolaire a plus que doublé le nombre de tuteurs dans son équipe afin de répondre à la demande en hausse de 20 %.

« On reçoit entre 50 et 100 demandes par jour », précise le président de l’entreprise, Félix Morin.

Pour Jean-Simon Bouchard, enseignant privé dans la région de Brome-Missisquoi, la pandémie aura été bonne pour les affaires. « C’est la première fois que mon horaire est aussi chargé, et aussi rapidement dans l’année scolaire, raconte le professeur de 26 ans. Je n’ai plus de trous. Je dégage des plages horaires les fins de semaine ou tard le soir. J’ai embauché une autre enseignante pour m’épauler. »

Essoufflement

Sindy Lapointe est conseillère pédagogique pour Tutorax où « la demande a doublé depuis le mois de mars », dit-elle. Ses deux enfants de 9 et 12 ans sont parmi les nouveaux clients du service de soutien scolaire privé. La fermeture précipitée des écoles au printemps et le contexte d’éducation à distance ont affecté leur apprentissage et leur moral.

« J’ai deux enfants aux besoins particuliers avec TDAH et dyslexie, poursuit-elle. [...] Leur baisse de motivation était flagrante. Mais avec le tutorat depuis le mois de septembre, je sens une prise de confiance. »

Échecs

Mais ce ne sont pas uniquement les élèves en difficulté que la pandémie semble bouleverser, prévient Mme Lapointe.

« On a beaucoup de demandes pour des premiers de classe. Leurs parents constatent une baisse des notes. Ils avaient des 85, 90 %, et ils sont rendus avec des 30, 40 ou 50 %. Ils ont l’impression que ça ne fonctionne pas, que la matière va trop vite », explique la conseillère pédagogique.

Selon la Fédération québécoise des directions d’établissements d’enseignement (FQDE), le taux d’échec dans plusieurs écoles secondaires publiques du Québec se situe autour de 30 %. Il était plutôt à 10 % à pareille date l’an dernier.

« De toute évidence, on s’attend à ce qu’il y ait plus d’élèves qui auront un échec sur le premier bulletin en janvier », rappelle Égide Royer, psychologue et professeur associé à la faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval.

M. Royer croit que le tutorat privé risque de creuser l’écart entre les élèves dont les parents ont les moyens de payer et ceux provenant de milieux plus défavorisés.

« Le tutorat ne devrait pas être un service payant en période de pandémie », fait-il valoir. Un service de tutorat privé coûte entre 30 et 50 $ l’heure.

Il propose de faire appel aux étudiants du cégep ou de l’université pour aider les jeunes du primaire et du secondaire en difficulté, en offrant des séances à raison de 3 heures par semaine et 20 $ l’heure, aux frais de l’État.