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L’importance d’être touché

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Il y a neuf ans, je traversais un creux professionnel, alors j’ai tout plaqué pour aller rouler pendant deux mois dans le sud des États-Unis. Je suis resté un mois en Louisiane, que j’explorais en partant de New Orleans, où j’avais établi mon camp de base.

Ça faisait trois semaines que j’étais là, quand une jeune et jolie Française est arrivée à mon auberge de jeunesse. Pas plus fou qu’un autre, je lui ai proposé de l’aider à découvrir cette ville avec laquelle j’étais déjà familier. Elle accepta avec enthousiasme. 

Le tour de ville fut sympathique, mais il ne se passa rien de plus, si ce n’est quelques conversations agréables au retour de nos visites quotidiennes.

Immense chaleur 

Après une semaine, elle devait partir pour aller jusqu’à San Francisco. Elle est donc venue me saluer en me faisant une grosse colle et en me donnant la bise comme les Français le font. 

Aussitôt, j’ai senti une immense chaleur m’envahir et j’ai pris conscience de quelque chose : ça faisait depuis mon départ six semaines plus tôt que personne ne m’avait touché et j’en souffrais sans m’en être rendu compte.

Je repense souvent à ça ces temps-ci, alors qu’on ne se touche plus. 

Au Québec comme ailleurs dans le monde, plein de gens n’ont pas été étreints ou embrassés depuis des mois. Et il y a des gens aussi qui ne vivent jamais ça.

Grandir 

On a besoin d’être touché. Ça n’a rien de sexuel. C’est comme manger, boire et dormir. On en a besoin pour se savoir reconnu, pour se sentir entendu. Les enfants en ont besoin pour se développer et on continue d’en avoir besoin pour pouvoir grandir.

J’espère que, lorsque cette pandémie maudite sera derrière nous, on recommencera à se toucher. On se serrera la pince pour se saluer. On se fera des câlins quand on sera content de se retrouver. On tapera dans les mains de l’inconnu assis à la table voisine de la brasserie quand le Canadien comptera.

Parce qu’on en a besoin.