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Le maire de Saint-Jérôme coupable

Stéphane Maher risque la destitution après avoir été jugé coupable de manœuvres électorales frauduleuses

GEN - STÉPHANE MAHER MAIRE VERDICT
Photo Martin Alarie Stéphane Maher, maire de Saint-Jérôme, à sa sortie du palais de justice de la même ville après le verdict de culpabilité rendu lundi.

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Le maire de Saint-Jérôme, Stéphane Maher, risque la destitution après avoir été jugé coupable de manœuvres électorales frauduleuses, lundi matin.

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Selon la Loi électorale du Québec, un maire ou un conseiller coupable de manœuvres électorales frauduleuses s’expose à ne plus pouvoir occuper un poste d’élu pour une période maximale de cinq ans. 

C’est la Commission municipale du Québec (CMQ) qui doit déclarer que Maher ne peut plus rester en poste. Par contre, elle doit attendre 30 jours afin de s’assurer que le verdict ne soit pas contesté. Entre-temps, il peut continuer à siéger.

Maher était poursuivi par le Directeur général des élections du Québec (DGEQ), qui lui reprochait d’avoir incité deux conseillers municipaux à ne pas se représenter aux élections de 2017 en leur promettant des postes de prestige. 

Durant le procès, les ex-conseillers Mario Fauteux et André Marion ont raconté comment M. Maher leur avait offert ces emplois après les avoir éjectés de son parti lors de la dernière journée des mises en candidature pour les élections municipales de 2017.  

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Une situation dévoilée par notre Bureau d’enquête au printemps 2019, grâce à la publication d’un enregistrement audio de la rencontre fatidique entre Maher et M. Fauteux.  

  • Écoutez le directeur du Bureau d’enquête, Jean-Louis Fortin, à QUB radio   

Version invraisemblable

Produite en preuve par le DGEQ, cette bande sonore réalisée à l’insu du maire a aidé la juge de la Cour du Québec Maria Albanese à étayer sa décision. Elle a relevé plusieurs contradictions entre le témoignage de Maher et ses propos tenus lors de la réunion. 

« Le Tribunal ne croit pas le défendeur et sa version », a déclaré la juge. 

« Les affirmations du défendeur sont contraires à ce qu’on entend dans l’enregistrement », a ajouté la juge. Elle soulève que la version de Maher, qui soutient avoir agi en « bon père de famille » empathique en offrant des postes aux deux hommes, était « invraisemblable ». 

Maher, qui a été condamné, lundi, à une amende de 10 000 $, n’a pas souhaité s’adresser aux médias. 

Son avocat, Robert Brunet, a réagi rapidement en indiquant qu’il espérait que le maire en appelle du jugement. 

« Mon client n’est pas heureux et n’aime surtout pas comment la juge l’a qualifié. [...] Vous avez entendu le jugement ? S’il décide d’aller en appel, j’ai l’intention d’être incisif [sur la décision de la juge] », a indiqué Me Brunet. 

Excuses et démission réclamées

« S’il veut contester comme Donald
Trump [l’a fait avec le résultat des récentes élections américaines] qu’il le fasse, mais je lui demande de mettre son salaire d’environ 150 000 $ par année en garantie. Comme ça, s’il gagne, on lui redonne son salaire, et s’il perd, la Ville garde le montant », a suggéré Mario Fauteux, un des deux conseillers qui avait porté plainte au DGEQ et qui est soulagé du verdict rendu. 

Tout comme son ex-confrère André Marion, M. Fauteux demande au maire Maher de démissionner et de présenter ses excuses. 

« On demande à Québec de nommer un administrateur indépendant pour Saint-Jérôme en attendant », a réclamé Nathalie Lasalle qui siège comme indépendante au conseil de ville de Saint-Jérôme et qui demande aussi la démission du maire Maher. 

Le parti Mouvement Jérômien, qui n’a aucun élu au conseil de ville, fait la même demande.

CE QUE LA JUGE A DIT 

« Son témoignage semble appris par cœur et il [Maher] a fait preuve d’impatience à certaines reprises en contre-interrogatoire »

« Le témoignage [de Maher] est contradictoire. Il dit qu’il n’a pas peur de perdre, mais parle de stratégie politique [pour exclure les plaignants à la dernière minute]. »

« Le seul but [de la manœuvre] était d’éviter qu’ils [les plaignants] ne se présentent »