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Thaïlande: cinq dirigeants pro-démocratie accusés du crime de lèse-majesté

Thaïlande: cinq dirigeants pro-démocratie accusés du crime de lèse-majesté
AFP

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Bangkok | Cinq dirigeants du mouvement pro-démocratie en Thaïlande ont été accusés lundi par la police de violation de la loi de lèse-majesté, première utilisation depuis deux ans de cet article du code pénal qui met la monarchie à l’abri de toute critique. 

Le militant de la défense des droits de l’homme Anon Numpa, l’une des figures de proue du mouvement de contestation qui demande notamment une réforme du système monarchique en Thaïlande, et quatre autres organisateurs des manifestations qui ont rassemblé depuis juillet des milliers de personnes, ont été interrogés lundi dans un commissariat de police de Bangkok.

« La police a porté contre nous des accusations relevant de l’article 112 » du code pénal, a déclaré à la presse M. Anon à la sortie du commissariat.

« Nous avons rejeté toutes » les accusations, a-t-il ajouté.

L’article 112 du Code pénal constitue l’une des lois de lèse-majesté les plus sévères dans le monde. Elle met le roi Maha Vajiralongkorn et sa famille à l’abri de toute critique. Mais au cours des derniers mois, les dirigeants du mouvement pro-démocratie ont appelé à des réformes de la monarchie, y compris l’abolition de la loi sur le crime de lèse-majesté.

Les cinq militants ont été accusés pour leur rôle dans l’organisation d’une manifestation en septembre, et risquent s’ils sont reconnus coupables jusqu’à 15 ans de prison pour chaque chef d’inculpation.

Ils ont organisé depuis juillet des dizaines de manifestations, la plus importante ayant rassemblé des dizaines de milliers de personnes.

Les manifestants demandent notamment une réécriture de la Constitution élaborée par les militaires, et la démission du premier ministre Prayut Chan-O-Cha, ancien chef de l’armée parvenu au pouvoir à la faveur d’un coup d’État.

Panupong « Mike » Jadnok, l’un des cinq militants convoqués au commissariat, a assuré que le recours au redouté article 112 ne découragerait pas les responsables du mouvement. « Nous n’acceptons pas l’article 112 en tant que loi », a-t-il déclaré.

Les cinq militants ont été autorisés à quitter le commissariat après avoir été interrogés et accusés, un fait rare, car la plupart des suspects accusés du crime de lèse-majesté sont habituellement placés en détention avant leur procès.

Cette loi est dénoncée par les défenseurs des droits de l’homme comme un moyen de supprimer la dissidence.

L’association Avocats thaïlandais pour les Droits de l’homme a enregistré une augmentation notable du recours à cette loi depuis le coup d’État de 2014, passant de six inculpations à 169 sous la junte militaire. L’association n’avait pas enregistré d’inculpations aux termes de l’article 112 depuis 2018.