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CBC/Radio-Canada est vite en besogne

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Au début de novembre, les anciennes têtes d’affiche de l’information de la CBC comme Peter Mansbridge et Adrienne Clarkson se sont indignées de la création d’un nouveau service de CBC/Radio-Canada appelé Tandem.

Ni Bernard Derome ni Michaëlle Jean ou autres ex-vedettes de Radio-Canada n’ont encore émis de commentaires. À l’exception d’Alain Saulnier, directeur de l’information, à qui la SRC a montré la porte en 2012. Il s’est indigné sur Twitter. 

Quant aux chefs d’antenne et journalistes actuels, ils n’osent s’exprimer publiquement. Tandem crée d’importants remous au sein du service d’information de la CBC, mais il ne semble pas trop inquiéter celui du réseau français. Sauf le syndicat des communications, mais encore.

En termes simples, Tandem est un service qui permet à une marque de se crédibiliser en s’accrochant à la queue de « coat » de Radio-Canada. Moyennant rémunération, il va sans dire. Bombardier, par exemple, pourrait redorer son image en chargeant Tandem de produire des balados sur la C Series. Une histoire qu’on verrait à travers le prisme déformant de Bombardier.

HUAWEI ET LA BBC 

C’est d’ailleurs ce qu’a fait Huawei en payant BBC StoryWorks, l’équivalent de Tandem, pour produire une vidéo sur son fondateur et ses trente ans d’existence. Même s’il est clair qu’il s’agit d’une promotion payée par Huawei, la vidéo, qui se termine par l’apparition côte à côte de l’image de la BBC et de celle d’Huawei, donne à la présentation une forte impression d’objectivité.

C’est quand même inouï qu’une société d’État aussi respectée que la BBC risque sa crédibilité légendaire en accolant son image à celle d’une société controversée pour quelques milliers de livres sterling. Plusieurs pays d’Occident, dont les États-Unis, ont fermé leurs frontières à Huawei ou songent à le faire.

Tandem n’est donc que le dernier rejeton de toute une famille de « services de contenu de marque » créés par des réseaux d’information dont la crédibilité jusqu’ici ne fait pas de doute. Leur crédibilité survivra-t-elle à l’invasion grandissante de ces publicités masquées ? Elles pourraient finir par la miner au point où on n’arrive plus à croire les services d’information des grands réseaux. L’appât du gain en viendrait donc à corrompre une information dont nous ne saurions nous passer devant l’invasion des « fake news » que propagent les réseaux sociaux.

LA MORGUE DE CBC/RADIO-CANADA

France Télévisions avec son nouveau département « Brand Content » ou le quotidien The Guardian avec ses « Labs » sont dans le droit fil de cette nouvelle façon d’écrémer les ressources publicitaires. Contrairement à CBC/Radio-Canada, les chaînes de la BBC sont exemptes de publicité, les chaînes de France Télévisions (sauf France 3) le sont aussi de 20 h à 6 h du matin, et le journal The Guardian survit de peine et de misère grâce aux dons de ses lecteurs.

Radio-Canada avait-elle un si urgent besoin des revenus de Tandem ? La publicité pollue déjà toutes ses chaînes et ses plateformes, à l’exception de la radio. Tandem pouvait sûrement attendre. Mais CBC/Radio-Canada ne se préoccupe ni du public ni du gouvernement en place (sauf s’il est conservateur), et encore moins du rapport Yale. Ce rapport réclame une révision complète du mandat du diffuseur public et la fin de la publicité sur ses ondes. Quant au CRTC, il doit statuer dans les mois qui viennent sur ses licences de diffusion. Elles auront bientôt huit ans, alors qu’elles avaient été renouvelées pour cinq ans. Quand ça l’arrange, on peut dire que Radio-Canada est très vite en besogne.