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«Je ne veux pas être la mascotte» - Alexandre Bilodeau

«Je ne veux pas être la mascotte» - Alexandre Bilodeau
Joël Lemay / Agence QMI

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L'ex-skieur acrobatique québécois Alexandre Bilodeau a connu une glorieuse carrière sur les pentes. Toutefois, même s’il a adoré ce passage de sa vie, pour lui, tout est maintenant du passé et il fonce vers l’avenir.

L’homme maintenant âgé de 33 ans travaille maintenant pour l’entreprise Walter Capital Partners, dans le domaine de la finance, et ce qu’il veut c’est d’être reconnu pour ses compétences actuelles et non celles d’une vie passée.

«Je veux passer à une autre étape, a souligné Bilodeau lors de l’émission Dave Morissette en direct, mardi, sur les ondes de TVA Sports. Je ne veux pas être la mascotte non plus. Lorsque j’arrive dans un meeting, je veux être reconnu pour mes compétences financières ou d’investisseur et non mes compétences de ski. Je ne regarde pas en arrière sur ce que j’ai fait.»

«[...] J’ai tourné la page, c’est quelque chose qui est dans mon sac à dos, mais je vais vers l’avant. Tomber dans l’inconnu ce n’est pas quelque chose qui me fait peur.»

Mais Bilodeau, contrairement à d’autres athlètes a toujours bien planifié, même lorsqu’il s’attaquait aux bosses avant de s’envoler pour faire des «flips» et des vrilles.

«Comme athlète, on a toujours des petits objectifs, a continué le Québécois. Pour moi, j’ai toujours décortiqué mes prochains objectifs. J’avais toujours pensé à ma prochaine étape.»

«J’avais déjà commencé mes études et bien avancé mon baccalauréat en comptabilité. J’avais déjà négocié mon premier stage d’été avec KPMG. (...) J’avais déjà transitionné.»

Si Bilodeau a bien réussi sa vie d’athlète, avec notamment deux médailles olympiques, il réussit également bien sa vie de professionnel de la finance.

«C’est ton dernier tournoi de hockey à vie»

Au fil des années, Alexandre Bilodeau et «succès» sont devenus synonymes.

Double médaillé d'or des bosses en ski acrobatique lors des Jeux olympiques de Vancouver en 2010 et de Sotchi en 2014, le Rosemèrois a tout simplement marqué son sport. Il est d’ailleurs le premier skieur de sa discipline à être parvenu à conserver un titre olympique.

Bilodeau était l’invité de Dave Morissette, mardi. Au grand bonheur de tous, il a accepté de raconter son impressionnant parcours, qui s’est conclu en 2014 sur une très belle note.

«Je me suis retiré au sommet. C’était vraiment comme un conte de fées. Dans ma tête, c’était sûr que je voulais me retirer après les Jeux de Sotchi (2014). J’y allais assurément pour la victoire, mais le résultat aurait pu être bien différent. Finalement, tout s’est bien déroulé!»

On le disait plus haut : le curriculum vitae de Bilodeau est très bien nanti. Ses réussites et exploits se comptent par dizaines.

S’en fait-il encore parler aujourd’hui?

«Ça peut arriver, oui», a avoué le Québécois à Dave Morissette.

«C’est sûr que les gens ont tendance à moins me reconnaître quand je suis en complet-cravate (plutôt qu’en tenue de skieur), mais je me fais encore aborder quelques fois».

«Grâce» à maman

Alexandre Bilodeau, comme plusieurs jeunes québécois, a joué au hockey étant enfant.

Comment explique-t-il sa transition vers le ski acrobatique?

«C’est ma mère qui porte les pantalons dans la famille et c’est un peu grâce à elle!», a lancé l’ex-skieur dans un éclat de rire.

«J’avais huit ans et j’étais en plein tournoi de hockey à Thurso. Le dimanche, on gagne le tournoi et je suis nommé meilleur joueur de l’événement. À ma grande surprise, ma mère vient me voir et me lance : "c’est ton dernier tournoi de hockey à vie".

«Je ne suis pas sûr de comprendre, alors je vais voir mon père et je lui dis : "parle à ta femme! Elle ne peut pas m’empêcher de jouer au hockey."

«Mais la décision de ma mère était sans appel! Elle a choisi que c’était assez et que nous allions faire un sport familial : le ski. Elle était tannée de voir que mon frère et ma sœur ne faisaient que boire de la slush d’aréna et manger de la poutine à la journée longue. Je le comprends aujourd’hui, mais quand tu es aussi jeune que je l’étais, la pilule est très difficile à avaler.»

Bilodeau y va ensuite d’une confidence très surprenante.

«Je n’étais pas du tout passionné par le ski. Zéro, zéro. Mais à un certain moment, j’ai vu, en regardant la télé, Jean-Luc Brassard dévaler une pente de ski de bosses. J’ai alors compris que je pourrais à nouveau tomber en amour avec un sport. J’ai dit à ma mère que c’était ce que je voulais faire.»

Débuts tumultueux

Alexandre Bilodeau débute donc sa carrière de skieur à l’âge de huit ans.

Très jeune et nouveau dans sa discipline, il est loin d’être aussi dominant qu’au hockey. Mais il veut apprendre et prend les moyens pour progresser.

«Je voulais améliorer mes sauts, donc j’ai pris des cours de trampoline et de rampe d’eau.»

Rapidement, Bilodeau progresse et commence à attirer les regards.

«Je suis très vite devenu compétitif. Mais je dois dire que je n’ai jamais été le Sidney Crosby de mon sport. D’ailleurs, je n’ai jamais participé aux Jeux du Canada en bosses parce que je n’étais pas assez bon à 15 ans. Mais trois ans plus tard, je prenais part à mes premiers Jeux olympiques.»

Une discussion qui change tout

L’ex-athlète avoue cependant que le fait de ne pas avoir été sélectionné pour les Jeux du Canada, alors qu’il était encore adolescent, avait représenté un immense choc.

«J’ai trouvé ça vraiment difficile. En tant qu’athlète, tu fais tellement de sacrifices. J’étais toujours sur la route, je n’allais pas souvent à l’école... Je ne suis même pas allé à mon après-bal, car je ne connaissais pas mes camarades de classe! Donc quand j’ai su que je n’étais pas pris pour les Jeux, j’ai dit à mes parents que c’était assez, que je lâchais tout.

«J’avais l’impression de passer à côté de mon adolescence. Je voyais mes amis qui s’amusaient, alors que moi j’étais constamment en compétition... J’en avais vraiment assez. Tu en viens à te demander si tu as vraiment le talent pour justifier tous ces sacrifices. Je voulais prendre ma retraite à 15 ans.»

Mais le père de Bilodeau, qui connaît très bien son fils, n’allait pas laisser les choses se terminer comme ça.

«Il m’a dit : "tu peux prendre ta retraite à 15 ans, mais tu ne pourras pas revenir dans un an. Tous les autres vont continuer de progresser. Tu peux faire ce que tu veux, mais je veux te poser une question. Si tu donnais l’opportunité à ton frère (le frère d’Alexandre est atteint de paralysie cérébrale) de se battre pour atteindre ses buts, penses-tu qu’il lâcherait?"

«J’ai alors compris la portée du geste que je m’apprêtais à poser. J’ai décidé de poursuivre, en disant cependant à mon père que si la prochaine saison n’était pas à la hauteur de mes attentes, je quitterais la tête bien haute. Finalement, cette année-là, je suis devenu champion canadien junior!»

Ce fut alors le début d’une belle et longue carrière...