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Réponses à la lettre «Notre système scolaire est archaïque» de Thalia Bastien

Quebec
Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBEC Roger Simard, Saint-François d'Orléans.

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Deux personnes répondent à la lettre Notre système scolaire est archaïque.

L’école perte de temps, de talents, d’énergie et d’argent? 

J’eus le même cri de mépris il y a déjà 60 ans; j’avais alors 17 ans, comme vous. Moi, j’ai quitté l’école. Vous êtes forcée de choisir entre deux décisions difficiles et d’y demeurer, avec la certitude la plus pernicieuse : de perdre votre temps.  

Le temps est actuellement l’une de vos plus importantes valeurs, avant l’auto éducation : l’épanouissement intégral de votre personnalité qui est votre bien terrestre le plus précieux, votre premier pays. 

Rien, mademoiselle Thalia Bastien, n’est plus essentiel pour vous, que vous-même. Que les aptitudes que la vie vous a données, dont celui que vous démontrez. C’est là, une richesse reliée au courage et à l’audace que vous démontrez dans votre article. Que de beauté, d’élégance, et de solidité à votre âge. Vos mots justes et réservés font mal à l’âme, du moins à l’âme de ceux qui subissent le même sort, sans se plaindre. 

Vos dires vous honorent et vous grandissent à travers l’expression même de vos ressentiments. Cette prise de conscience vous sera salutaire, dans une mesure où elle vous permettra de penser (c’est la pensée qui fait l’homme, lisez Pascal.), de voir, d’agir et d’être autrement. Vous l’êtes déjà en devenir. Il faut accepter les choses que l’on ne peut changer. Et changer les choses qui dépendent de vous et de ce que la vie semble vous avoir privé ! C’est un vieux truc stoïcien. 

Sauf, mademoiselle, un bémol, le fait que l’école vous a montré à lire, à compter, à fraterniser et à écrire, ce que vous faites avec élégance, mérite considération. Le reste, tout le reste, est en vous-même, en vrac, comme des dons en puissance, en attente de vous. 

Vous n’avez développé qu’une faible portion de vos facultés, de vos potentialités de votre beauté, en cela vous avez une part de responsabilité. Ne demandez pas aux autres, ce qu’ils ne peuvent vous donner ce qu’ils n’ont pas reçu, même si c’est de leur attribut. Cherchez en vous-même l’être qui ne peut qu’être unique et merveilleux. 

Regardez autour de vous

Trouvez-vous un mentor, un facilitateur d’apprentissage, un oncle, un ami, votre mère. Confiez-vous à quelqu’un qui a réussi, que vous admirez. Prenez certains de leurs conseils. Lisez beaucoup sur des sujets qui vous attirent. C’est une inspiration qui vous parle. Oui, lisez et expérimentez et partagez vos lectures. Faites-en l’expérience. Confrontez vos idées. Et tirez-en la meilleure partie. Mais, de grâce, ne perdez pas confiance ni en vous ni en l’inhumanité. 

Je suis un autodidacte. J’ai créé la personnalogie, je suis devenu par la force des choses, un personnalogue. J’y ai gagné ma vie et ma joie de vivre. Votre lettre m’a réjoui le cœur. Je termine un livre qui a pour titre J’interroge le système éducationnel. Vous confirmez plusieurs de mes propos. Votre message arrive à point. C’est la voie de la synchronicité et de la résilience. 

Cordialement, 

Roger Simard
Saint-François d'Orléans


 

Salut Thalia,

Permets-moi d’abord de te tutoyer puisque, bien que je ne t’aie jamais rencontrée, j’ai l’impression de te connaître un peu. 

J’enseigne depuis quinze ans à des élèves qui parfois, comme toi, terminent leurs études secondaires avec la même amertume, la même déception que tu décris habilement dans ta lettre du 30 novembre.

Un système qui n’a pas rempli ses promesses

Je comprends les sentiments qui t’habitent. Entre autres, je suis d’accord avec toi, les connaissances sont essentielles à l’école. Hélas, tout le système scolaire québécois est, depuis vingt ans, centré sur l’acquisition des compétences. Ces mêmes compétences qui devaient rendre l’école plus stimulante, plus ludique, plus concrète.  

On dirait bien, à la lecture de ton texte, que ce fameux « renouveau pédagogique » ne semble pas remplir ses promesses...

Je suis par ailleurs déçu de voir à quel point tu ne gardes pas un souvenir heureux de tes cours de sciences humaines. J’ai eu la chance, à ton âge, de suivre les cours d’enseignants passionnés d’histoire qui pouvaient, sans aucune difficulté, tisser le fil entre le XVIIe siècle et notre époque. 

Encore aujourd’hui, j’ai le privilège de côtoyer des collègues qui captivent leurs élèves en les faisant réfléchir sur le sens des événements historiques.

Je trouve aussi dommage, qu’au fil de ton parcours, tu n’aies pu trouver réponse à plusieurs questions qui te passionnent. Finances, l’état du monde, rôle d’un gouvernement, tout cela n’est-il pas au programme des cours de monde contemporain et d’éducation financière de cinquième secondaire?

Recentrer la mission de l’école

Je te rassure, je partage un peu ton triste constat. L’école ne prépare pas toujours à la vie. C’est vrai. Cependant, je ne crois pas que c’est en révolutionnant (une fois de plus) tout le système scolaire qu’on pourra y remédier. 

Je pense plutôt que nous devrions, à l’inverse, recentrer la mission de l’école sur l’apprentissage des connaissances, et ultimement, des grandes œuvres. C’est ce que propose notamment Raphaël Arteau McNeil dans son essai La Perte et l’Héritage, lequel je te recommande chaudement.

Si tu quittes le secondaire amère et déçue, chère Thalia, ce n’est pas parce que l’école n’était pas adaptée à toi, bien au contraire. C’est plutôt car nous ne t’avons pas transmis, par excès de prudence, un héritage qui t’était dû. Celui-ci t’aurait sans doute permis d’aborder la suite de ton parcours avec un peu plus d’assurance et d’optimisme.

Sache qu’il n’est jamais tard pour combler ce manque. Tant que tu ne cesseras d’être curieuse, de lire, de t’intéresser à tout ce qui est utile ou pas, tu poursuivras ton éducation. Par le fait même, le système scolaire aura, un tant soit peu, accompli sa mission.

Bref, ne cesse jamais d’apprendre...

Bonne route!

Alexandre Dubé
Enseignant de sciences et
de mathématiques au secondaire

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