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COVID-19: les pauvres du Brésil face à la fin de l’aide d’urgence

COVID-19: les pauvres du Brésil face à la fin de l’aide d’urgence
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Depuis qu’elle et son mari ont perdu leur emploi à cause de la pandémie de coronavirus, Ilma Silva Santos a pu nourrir les cinq membres de sa famille grâce à l’allocation d’urgence qui expire à la fin du mois.

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Lorsqu’on demande à cette ancienne employée dans la construction qui habite dans un bidonville de Salvador (nord-est) comment ils vont survivre, elle dit: «Je ne sais même pas quoi répondre».

Le couple Santos vit avec ses trois enfants dans une bicoque de deux pièces située dans le camp de squatteurs Manuel Faustino, dans la banlieue de la ville. 

COVID-19: les pauvres du Brésil face à la fin de l’aide d’urgence
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Presque toutes les familles y reçoivent la précieuse aide d’urgence pour le COVID-19, comme plus de 67 millions de Brésiliens, soit près d’un tiers de la population.

Les versements se sont élevés à 600 réais (environ 110$) par mois à partir d’avril, avant d’être divisés par deux en septembre par le gouvernement, dont les caisses sont quasi vides.

Des sommes très modestes, mais qui, pour des personnes comme Manuel Faustino, font une énorme différence.

«Je ne vais plus vivre, je vais juste survivre», dit une autre habitante, Jaira Andrade do Nascimento, devant sa mansarde en bois, l’une des 60 alignées le long de trois rues en terre.

«300 réais, ce n’est pas beaucoup, mais au moins, on savait qu’on pouvait acheter à manger», dit un voisin, Juraci Andrade dos Santos, un jeune barbier qui a perdu son travail à cause de la pandémie.

Casse-tête budgétaire

Plus grand pays d’Amérique latine, avec 212 millions d’habitants, le Brésil est aussi celui qui connaît le deuxième bilan le plus lourd au monde de la pandémie, avec plus de 173 000 morts.

Et la crise sanitaire a plongé l’économie dans la récession, avec un taux de chômage record de 14,6%.

Les allocations d’urgence ont été créées justement pour venir en aide aux chômeurs et aux travailleurs pauvres, mais elles sont devenues un casse-tête politique et budgétaire.

Élu en 2018 sur la promesse d’une cure d’austérité, Jair Bolsonaro s’est rendu compte que ces aides avaient contribué à faire remonter sa cote de popularité, en berne au début de la pandémie.

Le chef de l’État a atteint plus de 40% d’opinions favorables en août, au plus haut depuis le début de son mandat, et les instituts de sondage ont souligné qu’il obtenait de bons résultats auprès des bénéficiaires des allocations. 

«Mais sa cote de popularité pourrait baisser une fois que ces aides d’urgence vont cesser», à la fin de l’année, prédit David Fleischer, politologue de l’Université de Brasilia. 

Le gouvernement a tenté en vain de réaménager les dépenses pour maintenir les aides sans dépasser le plafond imposé par la loi.

Mais le coût est extrêmement élevé: 615 milliards de réais (97 milliards d’euros) depuis le début du programme, soit 8,6% du PIB.

«Le président voudrait prolonger les aides d’urgence autant que possible, mais il craint aussi d’entamer la confiance des marchés», dit Silvio Cascione, directeur de l’antenne brésilienne d’Eurasia Group.

La suppression des allocations à partir de janvier n’a pas encore été officiellement annoncée, mais Jair Bolsonaro a déclaré, mardi, que «perpétuer certaines aides» pourrait être «le chemin tout tracé vers l’échec».

Inégalités croissantes

Le nombre impressionnant de bénéficiaires du programme montre l’ampleur des inégalités du Brésil. 

Ils sont deux fois plus nombreux que les personnes employées avec un contrat de travail, dans un pays où plus de 38% de la population active survit grâce au secteur informel.  

Selon les chiffres de la Banque mondiale, le Brésil était déjà l'un des dix pays les plus inégalitaires au monde avant la pandémie. Les experts estiment que la situation est encore pire désormais, avec de graves risques de santé publique qui s’ajoutent aux problèmes de revenus.

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Dans le camp de squatteurs Manuel Faustino, les habitants font déjà face à des choix difficiles.

«C’est compliqué d’acheter des masques ou du gel hydroalcoolique. C’est soit ça, soit la nourriture», raconte Miralva Alves Nascimento, 61 ans.

Avec la fin des allocations, «je vais devoir me serrer encore plus la ceinture, arrêter de boire du café tous les jours et économiser où je peux».

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