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Chialage d’enfants gâtés

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Le Québec reste obstinément au-dessus de la barre des 1000 nouveaux cas par jour.

Les hôpitaux fonctionnent à pleine capacité. 

Le personnel de la santé est épuisé. Des milliers sont tombés au combat.

« On ne va pas dans la bonne direction », dit le premier ministre en faisant référence au réveillon de Noël.

Décision finale : le 11 décembre.

Deux possibilités : pas de réveillon ou réveillon à dix avec masques, distanciation et quarantaines avant et après.

En Ontario, les réveillons sont déjà interdits.

Beaucoup tricheront.

  • Écoutez Joseph Facal au micro de Sophie Durocher sur QUB radio:

Incontournable ?

Les médecins au front sonnent l’alarme : est-ce que les rassemblements de Noël valent le risque d’être submergés par un tsunami de nouveaux cas en janvier ?

Est-ce si dur de comprendre qu’on peut être jeune, en forme, ne rien ressentir et transmettre le virus à un plus fragile ?

Qu’est-ce qu’on entend pourtant autour de nous ?

« On est à boutte », « c’est pas une vie », « et ma santé mentale ? », « on devient fous », « et mes amis, et ma famille ? ».

Le personnel de la santé ne vous le dira pas, mais il n’est pas seulement épuisé.

Il est aussi furieux.

Furieux de soigner des gens qui ont fait un anniversaire « prudent » pour fiston, ou qui ne pouvaient pas ne pas souligner les 80 ans de grand-papa, ou manquer le party de retraite de Marc, un tellement bon gars.

Ah, faut comprendre, il y a des occasions « spéciales », « immanquables », « celle-là, c’est pas pareil »...

Et maintenant arrive Noël, supposément sacré, la fête des fêtes, rite immuable dans certaines familles.

Rite souvent porteur de tensions refoulées : Chez qui le 24 ? Chez qui le 25 ? Pourquoi toujours chez eux ? Pourquoi toujours pareil ?

Le virus, lui, ne regarde pas la date, ne se soucie pas que cette fête soit plus « spéciale » qu’une autre, plus « importante », plus « traditionnelle », plus « immanquable ».

Au printemps, nos efforts permirent d’aplanir la courbe.

Certains baissèrent la garde et le virus est revenu. Par leur faute, tout simplement.

Nous savons pourtant exactement ce qu’il faut faire, à moins de vivre dans le déni.

Je vais vous le dire franchement : le chialage que j’entends est un chialage d’enfants gâtés.

Oui, mesdames et messieurs, un chialage d’enfants gâtés. Parfaitement. Je persiste et signe.

La crise des années 1930 a duré 10 ans. La Deuxième Guerre mondiale a duré 6 ans. La grippe espagnole a duré 3 ans.

Ne parlons même pas du premier hiver de Champlain à Québec en 1608 : au printemps, ils n’étaient plus que 8 survivants sur 28.

Nous en sommes à 9 mois, et ça chiale, ça chiale, ça chiale, comme des ados frustrés.

Mais que nous arrive-t-il ? 

Amour ?

Où sont passées notre résilience, notre force de caractère, cette solidarité dont nous aimons tant nous vanter ?

Vous aimez vraiment vos parents et vos vieux grands-parents ? Vraiment ?

La plus belle preuve d’amour sera de leur dire qu’on n’en fera pas, de réveillon de Noël.

Pour ne pas avoir les conséquences sur la conscience pour le restant de nos jours.