/news/currentevents
Navigation

Le Québec n’a rien d’un régime nazi

Coup d'oeil sur cet article

Il n’y a rien du Québec contemporain qui permet un rapprochement avec le régime nazi, réagissent des experts de l’Holocauste devant les propos « excessifs » et « insultants » d’un avocat comparant maladroitement la loi 21 aux lois de Nuremberg.

• À lire aussi: Loi 21: un avocat fait un lien avec les nazis

• À lire aussi: La loi sur la laïcité serait discriminatoire envers les musulmanes, plaident des avocats

« C’est un rapprochement absolument insupportable qui banalise et fait non seulement preuve d’ignorance de l’histoire du nazisme et de l’Holocauste, mais qui constitue aussi une diabolisation du législateur québécois, qui n’a rien en commun avec le régime nazi », s’emporte David Ouellette, directeur du Centre consultatif des relations juives et israéliennes. 

Vendredi, dans le procès sur la loi sur la laïcité, l’avocat Azim Hussain a fait part de ses inquiétudes quant aux possibles dérapages de la loi 21, en la comparant aux lois de Nuremberg, trois lois raciales adoptées par l’Allemagne d’Adolf Hitler en 1935 qui ont donné le coup d’envoi à l’Holocauste. 

Communauté opposée à la loi 21

Or, même si la communauté juive a déjà exprimé son opposition à la loi 21, M. Ouellette est d’avis que ces propos « excessifs » sont « franchement ridicules, voire insultants » puisqu’ils banalisent le processus de déshumanisation entraîné par les lois nazies. « Il ne manque pas d’arguments légitimes opposés à la loi 21, mais l’antisémitisme – nazi ou autre – n’en est pas un. Quand on commence à amalgamer des choses avec le nazisme, c’est clair qu’on part sur des dérapages qui n’ont pas lieu d’être », estime-t-il. « C’est complètement ridicule de prétendre qu’une démocratie libérale avancée comme la démocratie québécoise passe des lois comparables à celles d’un régime totalitaire radicalement antisémite et qui s’est couvert de crimes de guerre. Ça dépasse l’entendement », poursuit-il. 

Mal à l’aise

Historienne et directrice adjointe au musée de l’Holocauste, Audrey Licop s’est dite mal à l’aise devant l’utilisation de cet argument. « Les lois de Nuremberg, ça se passe en Allemagne nazie. On n’est plus dans un contexte de démocratie, on est dans un contexte où l’opposition est muselée et où on émet des lois qui vont conduire à un génocide. Je pense qu’on ne rend pas service à l’argumentation en faisant ce genre de parallèle », souligne-t-elle.

« Je peux comprendre qu’on veuille utiliser des arguments qui frappent l’esprit, mais on n’est pas dans ce contexte-là. Le gouvernement Legault n’est pas Hitler », conclut-elle. 


Le cabinet du ministre de la Justice et responsable de la Laïcité Simon Jolin-Barrette a indiqué ne pas vouloir commenter en raison du processus judiciaire.