/news/society
Navigation

Des violences accrues mais moins visibles

Isolées, les femmes violentées sont devenues des victimes collatérales de la pandémie, selon un rapport

Coup d'oeil sur cet article

Des experts, des organismes et des victimes déplorent une augmentation de la violence faite aux femmes qui sont isolées plus que jamais depuis le début de la pandémie.

• À lire aussi: 180 M$ pour lutter contre la violence conjugale

Dans son plus récent rapport, Hébergement Femmes Canada (HFC) indiquait que 59 % des 550 maisons d’hébergement pour femmes que l’organisme soutient signalaient une diminution de la demande dans les trois premiers mois de la pandémie. 

Bien que ces données semblent encourageantes, il faut les interpréter d’une tout autre façon, croit Geneviève Lessard. La professeure en travail social et criminologie à l’Université Laval affirme que les femmes ont simplement eu moins de moments seules pour aller chercher de l’aide.

« Avec le contexte de la pandémie, l’isolement, ça fait juste donner plus de marge de manœuvre à l’auteur de violence pour assurer le contrôle sur l’autre personne », déplore-t-elle, tandis que la campagne des 12 jours d’actions collectives contre la violence faite aux femmes bat son plein au Québec.

Coupée du monde

Dès que les mesures de confinement se sont relâchées, entre juin et octobre, HFC a d’ailleurs rapporté une hausse des appels chez 61 % de ses membres. Plus de la moitié d’entre eux ont aussi observé une gravité plus importante des violences faites aux femmes durant cette période.

« J’étais prise dans ma dépendance et dans des relations qui étaient dangereuses pour moi. J’étais isolée. Pour moi, le monde extérieur n’existait plus, ça a créé le vide autour de moi. Ça a détruit complètement mon estime de moi », se rappelle émotivement Mélanie Vézina, qui a fréquenté des hommes violents bien avant la pandémie.

Abusée alors qu’elle n’avait que quatre ans, elle s’est forgé une « vision tordue de l’amour » qui l’a suivie toute sa vie. Pour elle, il est évident que les femmes violentées ont été des victimes collatérales de la crise sanitaire. 

Mélanie Vézina est hébergée à la YWCA de Québec depuis plusieurs mois.
Photo Jérémy Bernier
Mélanie Vézina est hébergée à la YWCA de Québec depuis plusieurs mois.

« En temps de pandémie, les femmes n’ont plus de place où aller. Tu ne peux pas aller voir ta chum de fille, tu ne peux pas aller dans les centres d’achats pour ventiler et les services sont débordés », souligne celle qui a passé à deux doigts de se retrouver à la rue avec son enfant, après avoir sombré dans la toxicomanie.

Des ressources débordées

Hébergée depuis plusieurs mois à la YWCA de Québec, Mme Vézina se remet tranquillement de son passé trouble. Elle est maintenant sobre depuis près de 6 mois et a appris à « se choisir ».

Mais tout le monde n’a pas cette chance, surtout depuis la pandémie. À la YWCA de Québec, qui vise à offrir un hébergement sécuritaire aux femmes, on doit en refuser en moyenne 10 par jour depuis quelques années.

Une donnée qui aurait dû être moindre durant la pandémie, à cause de l’isolement, mais qui est restée stable, signe que les situations de violence ont augmenté.

« C’est complètement crève-cœur. Notre mission, c’est d’aider les femmes. Être obligé de dire "non" quand quelqu’un est prêt à faire ce pas-là, c’est atroce », laisse entendre la directrice générale de l’organisme, Katia de Pokomandy-Morin, précisant que la problématique est généralisée dans toutes les ressources de la région.

« C’est sûr que, pour ces femmes, demander de l’aide en ce moment, c’est plus difficile. Mais les besoins sont là, même s’ils sont cachés et camouflés », conclut-elle.