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Mouffe, qui d’autre?

Mouffe
Photo courtoisie Mouffe, au cœur du showbiz
Carmel Dumas (avec la complicité de Mouffe)
Éditions La Presse

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Quiconque s’intéresse le moindrement à la culture québécoise depuis une quarantaine d’années ne peut ignorer le nom de ce « personnage mythique d’un univers de chansons et de spectacles [qui] a tissé durant un demi-siècle des fils de flou artistique pour tenir ensemble le show et le business [...] Mouffe, la muse des dieux de la scène, allumeuse de leurs désirs, porteuse de leur labeur, propagatrice de leurs victoires, protectrice de leur égocentrisme ». Tout est dit ou presque. C’est ainsi que décrit Claudine Monfette, alias Mouffe, une Carmel Dumas en verve, elle-même grande habituée des coulisses du showbiz québécois. 

Mouffe, petite-fille du « premier critique culturel journalistique au Canada français, le virulent polémiste Victor Barbeau », ingénue ingénieuse – dixit sa biographe - est à l’origine de nombreuses carrières artistiques. Mais elle est loin de s’en vanter, car elle est modeste et discrète, et doute encore de tout malgré son imposant bagage artistique. 

Pour réussir dans un aussi petit marché à la dimension de la francophonie québécoise, il faut être polyvalent, dit-elle : écrire des chansons, penser à des concepts, monter des spectacles, entretenir des relations d’affaires et humaines, se tenir au courant de ce qui se passe dans la cour d’à côté, etc. Des jours et des nuits à travailler dans l’ombre.

La première chorégraphie publique de cette « jeune fille bien née » se déroulera à la librairie Renaud-Bray où Mouffe travaille les fins de semaine : un défilé de mode avec des robes qu’elle a elle-même dessinées. Mouffe n’a que seize ans, mais déjà elle se distingue par son goût de la création et son désir de séduire. Sa mère l’inscrit aux cours de Marcel Sabourin qui prépare les élèves à la naissante École nationale de théâtre. 

Un couple à succès

Elle y fera son entrée à l’automne 1963. Un certain Robert Charlebois sera parmi ses compagnons de classe. Tout en jouant les Agrippine ou Clytemnestre, elle fera l’apprentissage de la vraie vie, pendant ces trois années passées à l’ÉNT. Cet apprentissage passe également par une relation amoureuse avec Garou, le déjà très remarqué Robert Charlebois. « Bientôt, ils deviennent inséparables, raconte la biographe. Les amis comprennent qu’il ne s’agit pas d’une passade, qu’ils sont témoins d’un engagement différent, que ces deux-là sont à la fois avec eux et à part. »

Au beau milieu de tout ce beau monde, l’unique Robert Charlebois, ce gros pétard qui n’est pas mouillé, ébranle les colonnes du temple culturel. Il ne fait rien comme les autres et mène sa barque comme bon lui semble. Il dira de Mouffe que c’est la seule personne qui a eu une relation humaine avec lui... les autres étant tous intéressés. Ils formeront, pendant un temps, et pourquoi pas pour toujours, un couple mythique, ce que Marianne et Pierrot le fou représentaient sur le grand écran en France. 

C’est à ce moment, en plein Mai 1968, qu’éclate une bombe culturelle, L’Osstidshow, un spectacle festif aux gènes contestataires, référence incontournable de la scène culturelle québécoise dont Mouffe et Charlebois sont les principaux artisans.

Cette biographie se lit comme une histoire de famille. On y voit défiler, comme si on était dans la cuisine des Monfette, les grands noms d’une époque mémorable. Mais aussi ceux et celles d’un cinéma nouveau d’avant-garde qui commencent à s’affirmer. Mouffe fait partie de ces nouveaux talents qui ne demandent qu’à s’affirmer en même temps que les autres acteurs sociaux tout aussi bouillonnants d’énergie, de générosité et de beauté.

Les années ont passé à une vitesse d’enfer pour cette muse qui ne se résigne pas à se retirer d’un monde qui l’a nourrie et qu’elle a elle-même contribué à façonner. Sereine, elle conclut : « Vieillir est un art qu’on ne peut apprendre avant de le vivre ».