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La pandémie révèle et amplifie de profonds problèmes

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Photo AFP Le président élu Joe Biden, hier, à sa sortie d’une réunion à Wilmington, au Delaware.

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Dans six semaines, le nouveau président américain héritera d’une pandémie meurtrière et hors de contrôle, inséparable des autres défis qui l’attendent.

Avec notre bilan peu enviable, nous les Québécois savons bien que la pandémie expose des problèmes que nous devrons affronter. 

Aux États-Unis, le bilan des décès per capita (860 par million) dépasse désormais le nôtre (855). Le total approche les 285 000 morts et, avec une propagation galopante, il pourrait dépasser le demi-million au printemps.

Cette crise n’arrive pas seule. Elle est alimentée par d’autres problèmes, qu’elle contribue à exacerber.

Tensions sociales et économiques

Aux États-Unis, la pandémie a fait ses victimes surtout parmi les groupes minoritaires et les démunis, révélant de profondes inégalités d’accès aux soins de santé.

La solidarité sociale est une des clés du succès contre une pandémie, mais elle se faisait déjà rare chez nos voisins avant l’arrivée du virus. Les tensions raciales se sont aggravées depuis. 

La récession économique engendrée par cette crise finira par se résorber, mais pas sans avoir exposé et renforcé les inégalités de revenus et les clivages entre les secteurs privilégiés et plus vulnérables de l’économie. La crise aura aussi un effet catastrophique sur les finances publiques, dont les effets à long terme sont imprévisibles.

Crises politiques

La pandémie a clairement été empirée par la polarisation partisane, la crise de confiance envers les institutions publiques et même par la dérive autoritaire de la présidence Trump.

Quand une campagne de réélection l’emporte sur la santé publique et quand les dirigeants sont incapables de convaincre de larges segments de la population de rejoindre l’effort collectif, c’est qu’il y a un grave déficit de direction politique.

La crise de leadership s’étend au niveau international, car les États-Unis ont fait un pied de nez à l’effort global contre le coronavirus en se retirant de l’Organisation mondiale de la santé et, plutôt que de mener par l’exemple, sont devenus le modèle à ne pas suivre.

Culture et identité

Les Américains ont toujours été vulnérables aux croyances loufoques et aux vendeurs de poudre de perlimpinpin. Ces tendances ont aidé la propagation du virus et elles compliqueront le défi de vacciner 330 millions d’individus.

L’étendue de l’aversion à la science que la pandémie permet d’observer s’annonce aussi un obstacle majeur pour surmonter le défi à long terme des changements climatiques. 

Finalement, la pandémie force la société américaine, comme toutes les autres sociétés, à s’interroger sur son identité collective. Qu’est-ce qui unit une nation ? C’est lorsqu’un pays affronte une grande épreuve que ce genre de question prend son sens et le succès dépend des réponses qu’on y apporte.

Nos voisins ont fait un pas dans la bonne direction en refusant de se laisser définir durablement par le trumpisme, mais ce n’était qu’un pas. Pour les Américains, la sortie de cette pandémie et des autres crises qui l’accompagnent est et restera une occasion de montrer qui ils sont vraiment. Ils ne sont pas les seuls.