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Les intervenantes défendent les décisions prises cinq jours avant la mort de Rosalie

L’équipe de la Maison Marie-Rollet avait choisi de ne pas contacter en urgence la DPJ

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La directrice de la Maison Marie-Rollet qui était en poste lorsqu’Audrey Gagnon et sa fille Rosalie y ont séjourné estime qu’elle et son équipe ont pris la bonne décision, le 12 avril 2018, en choisissant de ne pas contacter en urgence la DPJ.

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Lors de son séjour à la maison d’hébergement pour femmes, Audrey Gagnon a eu des avertissements sérieux. Elle respectait difficilement la routine de la maison, un doute existait quant à sa consommation de drogue et elle a démontré de l’agressivité verbale à l’égard d’autres résidentes et de certaines intervenantes. 

Si la coroner Me Géhane Kamel a souligné qu’elle dénotait « une certaine escalade » qui démontrait « une problématique parentale », elle a voulu comprendre pourquoi un simple message avait été laissé sur une boîte vocale de la DPJ le soir où Audrey Gagnon s’est fait montrer la porte après avoir menacé de mort son intervenante. 

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« Lorsqu’une femme vit de la colère en maison d’hébergement, est-ce que nécessairement on doit passer un appel à la DPJ ? C’est questionnant », a répondu Nancy-Anne Walsh, ancienne directrice de la maison qui a quitté ses fonctions en novembre 2018. 

Quant à la consommation de drogue, elle a rappelé qu’il y avait « des doutes », mais « aucune certitude ». 

« On est ici pour bâtir l’avenir. Pour éviter qu’un tel drame ne se rejoue de la même façon un jour... En cas de doute, ne devrions-nous pas être plus proactifs ? », a alors questionné Me Dave Kimpton, procureur aux enquêtes publiques.

« À la suite du meurtre de Rosalie, l’alliance des maisons d’hébergement et la DPJ ont formé un comité pour s’assurer d’un meilleur partenariat. La réflexion est donc là », a-t-elle répondu.

À la rue « avec son p’tit bonheur »

À la suite de l’interrogatoire principal, la coroner a demandé des précisions concernant le départ d’Audrey, qui a quitté la maison à 22 h, « avec son p’tit bonheur et son enfant ».

« Vous ne saviez pas chez qui elle allait dormir, vous saviez qu’elle n’avait pas trouvé de ressource, il y avait plusieurs “red flag” à son dossier... En tant qu’organisation, est-ce que ce ne sont pas des motifs suffisants pour aviser l’urgence sociale ? », a-t-elle insisté.

« On voulait éviter le déploiement d’une intervention de la DPJ, en soirée, dans une maison d’hébergement qui est pleine de femmes et d’enfants parce que ce type d’intervention a un impact sur notre clientèle », s’est justifiée Nancy-Anne Walsh. 

Au lendemain de son expulsion, Audrey Gagnon a contacté la maison Marie-Rollet et demandé à l’une de ses intervenantes, à deux reprises, de la reprendre parce qu’elle était « à la rue ». 

« Vous saviez que les ressources étaient pleines, qu’elle était à la rue. C’était pas un changement majeur pour la sécurité de Mme Gagnon et sa fille ? Un changement qui aurait dû entraîner un appel à la DPJ ? », a questionné Me Marco Robert, l’avocat qui représente les intérêts d’Audrey Gagnon. 

« Pour nous, rien ne nous disait qu’elle était vraiment à la rue puisque la veille, elle était chez un ami », a laissé tomber l’intervenante qui ne travaille plus à la maison d’hébergement depuis août 2018.