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Des aînés abandonnés durant la 1re vague

Un rapport dresse un sombre portrait de la situation dans les CHSLD au printemps dernier

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Des CHSLD « désorganisés et à bout de souffle » ont laissé des aînés mourir seuls et sans soins de confort pendant la première vague de la COVID-19, déplore la Protectrice du citoyen.

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Le tristement célèbre CHSLD Herron, à Dorval, où 38 résidents sont morts de la COVID-19 entre le 26 mars et le 16 avril 2020 (comme ici le 11 avril), a fermé ses portes le 9 novembre.
Photo d'archives, Agence QMI
Le tristement célèbre CHSLD Herron, à Dorval, où 38 résidents sont morts de la COVID-19 entre le 26 mars et le 16 avril 2020 (comme ici le 11 avril), a fermé ses portes le 9 novembre.

Dans un rapport d’étape, le premier sur le sujet, Marie Rinfret décrit le transfert des aînés hospitalisés vers les CHSLD — afin de libérer des lits — comme le fait de jeter une allumette dans la paille.      

  • Écoutez la protectrice du citoyen, Marie Rinfret, avec Geneviève Pettersen à QUB radio   

Ceux-ci sont venus surcharger des CHSLD déjà en pénurie de personnel et mal adaptés pour faire face à ce virus alors méconnu, a noté Mme Rinfret en conférence de presse. 

« Il y a eu une difficulté pour les CHSLD à contenir les éclosions parce que, lorsque les transferts ont eu lieu, on n’avait pas testé les personnes qu’on transférait, on ne les a pas isolées non plus. On a rempli les CHSLD, ce qui fait que, dès le moment où il y a eu des éclosions, on n’a pas pu isoler les personnes qui étaient positives des autres », a-t-elle expliqué. 

Ce matin, la Protectrice du citoyen a déposé son rapport sur ce qui s’est passé dans nos CHSLD au printemps dernier....

Publiée par François Legault sur Jeudi 10 décembre 2020

De plus, ces établissements « vieillots » obligeaient parfois les résidents à vivre à deux, voire trois par chambre.

« C’est cet ensemble de méconnaissances du milieu des CHSLD qui ont fait en sorte, ma foi, de créer cette crise aiguë, par du délestage, par le fait aussi qu’il n’y avait pas de gestionnaire de proximité », dit-elle. 

S’est ajoutée, à ce cocktail funeste, la mobilité du personnel qui a contribué à la propagation du virus.

De plus, les CHSLD « n’avaient pas de culture de prévention et de contrôle des infections », note Mme Rinfret.        

  • Écoutez le journaliste Alexandre Dubé avec Benoît Dutrizac, sur QUB radio:   

Témoignages troublants

La tragédie vécue dans les CHSLD le printemps dernier a déjà été documentée dans les médias, mais le rapport de la Protectrice rappelle l’horreur vécue par des aînés en fin de vie. 

« Après un mois de confinement, l’exclusion des proches et une agonie de trois jours, il est mort seul, déshydraté, en état de détresse et dans des conditions inimaginables dues au manque de personnel, raconte une proche aidante au sujet d’un aîné souffrant d’Alzheimer, qui a pu suivre ses dernières heures grâce à une caméra de surveillance placée dans sa chambre. [...] Plusieurs semaines après sa mort, je suis encore hantée par ce que j’ai vu. » 

Mme Rinfret affirme d’ailleurs que l’exclusion des proches aidants dans les premiers jours de la pandémie a eu impact important sur la santé mentale et physique de certains résidents.

La ministre s’excuse

« Je m’excuse auprès des proches aidants. Je m’excuse aussi auprès des familles. Il ne faut plus que ça arrive », a reconnu la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, sur les ondes de LCN. Mais Québec faisait face à un dilemme crève-cœur, a-t-elle expliqué : on risquait de manquer d’équipement de protection pour le personnel. 

Les préposés devaient aussi prendre des décisions déchirantes, faute de ressources.

« Il y a du personnel soignant qui a dû choisir entre deux résidents pour leur donner les soins de confort, raconte Mme Rinfret. [...] Il y a des endroits où on a constaté que des personnes étaient décédées seules. Donc, pour ma part, je ne considère pas qu’il s’agit de personnes qui sont mortes dans la dignité. »

Dans une déclaration écrite, le premier ministre François Legault a déclaré que « tous les gouvernements qui se sont succédé sont responsables de ça, incluant le mien ». « Je prends ma part de responsabilité », assure-t-il. 

Son ministre de la Santé, Christian Dubé, fait quant à lui remarquer que des actions ont déjà été posées pour chacune des cinq recommandations de la Protectrice.

« Nous sommes déjà en action pour chacune des cinq priorités d’action qui sont proposées par la Protectrice », dit-il. 

  • Écoutez la chronique politique de Rémi Nadeau, chef du Bureau parlementaire à Québec, sur QUB radio:

5 recommandations de la Protectrice    

  • Centrer les soins en CHSLD sur les usagers et valoriser les personnes proches aidantes.   
  • Assurer la stabilité des effectifs et la présence de personnel en nombre suffisant.   
  • Poursuivre la mise en place, dans chaque établissement, d’une gestionnaire responsable.   
  • Implanter une culture rigoureuse en matière de prévention et de contrôle des infections.  
  • Renforcer la communication pour diffuser des informations et des directives claires.     

Des témoignages anonymes rapportés par la Protectrice  

« Au début, c’était de la médecine de guerre. Nous n’avions aucun support et il y avait trois à quatre morts par jour. Nous ne savions plus où mettre
les corps. »

— Une préposée aux bénéficiaires

« C’était comme au champ de bataille : on n’avait pas le temps de s’occuper de tous les usagers et on avait l’impression de les abandonner. Au pire de la crise, le personnel et les usagers étaient laissés à eux-mêmes. C’était l’état d’urgence total. C’était comme si le bateau coulait. »

— Un infirmier auxiliaire

« Faute de personnel, des usagers restaient 12 heures dans leur culotte d’incontinence souillée. Des repas étaient sautés, des médicaments n’étaient pas donnés. Des usagers mouraient seuls, en détresse et en souffrance. Pathétique et inacceptable. »

— Une infirmière


Un documentaire à voir sur Club illico : produit par notre Bureau d’enquête, le documentaire Indignité est offert sur demande sur Club illico, pour les abonnés de Vidéotron. Il dresse le portrait de la crise de la COVID-19 qui a frappé les CHSLD, grâce aux témoignages de familles, d’experts et de politiciens.

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