/opinion/columnists
Navigation

Portrait du ministre Fitzgibbon

Quebec
Photo Stevens LeBlanc La politique est un art et une vocation.

Coup d'oeil sur cet article

Dès son arrivée en politique, il s’est imposé. L’homme est compétent et respecté dans le monde des affaires, où il a brillé et s’est enrichi. Qui peut reprocher à quelqu’un d’avoir de l’ambition, du talent et d’aimer le pouvoir qui s’y rattache ?

Sans doute Pierre Fitzgibbon s’ennuyait-il un peu. Cela expliquerait qu’il s’est laissé convaincre de faire le saut en politique. Il appartient donc à ces rares hommes d’affaires se sentant une mission. Pour lui, c’est celle de mettre de l’ordre dans l’économie du Québec en usant de son expertise et de son énergie illimitée.

Le ministre de l’Économie ne se prend pas pour de la petite bière, comme on dit au Québec. Il aime la réussite. Ce n’est pas un défaut, mais il a, hélas, tendance à croire à la supériorité de ceux qui lui ressemblent. Sans complexes, son intelligence a la férocité des grands fauves. Les plus faibles autour de lui – et ils sont nombreux – n’ont pas grâce à ses yeux.

Or, pour être un vrai politicien dans le Québec d’aujourd’hui, on ne peut pas avoir un comportement hautain, tranchant et arrogant. Dès 2019, Pierre Fitzgibbon a annoncé ses couleurs alors qu’on lui reprochait ses manquements à l’éthique telle qu’elle est définie dans la structure de l’État. Déjà, il avait déclaré qu’il démissionnerait s’il causait des embêtements au gouvernement de son ami Legault.

Découvrez À haute voix, une série balado sur les enjeux de la société québécoise contemporaine, par Denise Bombardier.

Conflit

Or, il a récidivé depuis, car la commissaire à l’éthique dénonce encore dans un rapport la situation de conflit d’intérêts dans laquelle il se place en gardant ses investissements personnels dans des entreprises qui font affaire avec l’État. Et il prend de haut la commissaire Mignolet. Certains diraient qu’il la traite en macho.

Mercredi, il a répondu avec un dédain retenu et une rage enfouie aux questions d’un confrère de TVA. Il a d’ailleurs affirmé que changer les règles éthiques prendrait des années.

Malgré toutes ses qualités, sa prestance physique et son assurance blindée, le ministre de l’Économie ne comprend pas la politique. Il devrait demander conseil à François Legault. Ou bien ce dernier devrait le mettre en garde, lui qui sait parler aux citoyens.

Solidarité

François Legault exerce son autorité avec modestie et dégage de l’empathie envers les gens. Il ne dédaigne pas les faibles et ne méprise pas les perdants. Il se porte actuellement à la défense de son ministre avec un peu trop d’empressement. Cela laisse à penser qu’il ne va pas, en cette période des plus dramatiques de la pandémie, laisser une crise politique éclater dans son cabinet.

Certains défenseurs du ministre, issus du monde des affaires, assurent qu’il est important que des représentants des milieux financiers et des entreprises soient présents en politique. Mais ils doivent comprendre qu’on ne dirige pas un gouvernement selon les règles de l’entreprise. Ils doivent savoir ce que signifie l’intérêt supérieur de la nation et comprendre le rôle des serviteurs de l’État. 

François Legault possède des qualités humaines, qui suscitent l’affection et le respect d’une majorité de Québécois. Il ne faudrait pas que son ami Fitzgibbon, par son comportement, mette en péril sa réussite actuelle où malgré les opposants de tous genres, il rassure et donne espoir au peuple.

Monsieur Fitzgibbon, star de son milieu, devrait faire acte d’humilité. Sinon, la politique n’est pas faite pour lui.