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Prostitution juvénile: les policiers sont-ils allés trop loin?

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Un juge aura à déterminer si les policiers du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) sont allés trop loin lorsqu’ils ont placé des annonces de jeunes filles qui offraient des services sexuels dans le but de piéger d’éventuels clients.

Cette question devra être tranchée au procès de Dave Hamel et Raphaël Beaumont (un ex-enseignant au secondaire) qui sont tous deux accusés d’avoir leurré des jeunes filles d'âge mineur et d'avoir tenté d’obtenir d'elles des services sexuels moyennant rétribution.  

Selon ce qui est reproché par l’avocate de la défense, Me Stéphanie Pelletier-Quirion, les policiers seraient allés beaucoup trop loin, en février 2019, lorsque trois annonces offrant les services sexuels de jeunes filles ont été placées sur des sites de rencontres.  

L’objectif de la publication était de voir si d’éventuels clients allaient se manifester, ce qui fut le cas.  

Offres multiples

«167 personnes ont répondu aux différentes annonces sur 2 jours et 5 arrestations ont eu lieu. 45 personnes se sont désistées lorsqu’elles ont appris, en échangeant avec l’agente d’infiltration, que la prétendue jeune fille avait 16 ans», a témoigné la lieutenante-détective Sophie Lachance, qui était à la tête de l’opération.  

Des clients initialement intéressés, 24 n’ont plus donné signe de vie après avoir appris qu’il s’agissait d’une jeune fille mineure, 92 ont mis fin au dialogue pour d’autres motifs et une personne, excessivement méfiante, s’est rendue à l’hôtel sans toutefois monter à la chambre.  

«Quand le client se présente, il a déjà commis le crime et son intention est claire puisqu’il connaît déjà les informations. Toutefois, lorsqu’il monte à la chambre, l’agente d’infiltration doit revalider auprès de lui qu’elle a 16 ans et, ensuite, les policiers procèdent à l’arrestation», a fait savoir Dominic Monchamps, qui fait partie de l’Équipe intégrée de lutte au proxénétisme (ÉILP). 

Provocation policière

Dans sa requête, Me Pelletier-Quirion souligne que les policiers ont omis de demander une autorisation au tribunal leur permettant de publier cette annonce et que, ce faisant, ils ont fait «de la provocation policière».  

Elle a également mentionné que le requérant trouvait «choquant, voire perturbant, de constater que les policiers, devant assurer justice et droiture, font fi des règles étatiques bien en place».  

La poursuivante, Me Mélanie Dufour, a quant à elle mentionné au magistrat que si les policiers n’ont pas demandé d’autorisation au tribunal pour mener à terme l’enquête, c’est parce qu’ils savaient «qu’aucune infraction criminelle ne serait commise» dans le cadre de l’opération.  

Elle a également rappelé, dans sa requête, qu’un «arrêt des procédures constituait une réparation draconienne» qu’il fallait réserver «aux cas les plus graves et les plus manifestes», ce qui, selon elle, n’est pas le cas dans ce dossier.