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Le pacte faustien du Parti républicain avec Trump

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Alors que Donald Trump continue un combat aussi toxique que futile pour faire invalider l’élection présidentielle, l’avenir de son parti soulève d’importantes questions.

Dans ses diatribes xénophobes, Donald Trump cite parfois un poème qui raconte l’histoire d’une femme qui trouve un serpent et l’abrite chez elle. Un jour, le serpent mord sa bienfaitrice. Elle lui demande, ébahie, « pourquoi m’as-tu empoisonnée ? » Le serpent répond qu’elle savait fort bien qui il était quand elle l’a accueilli.

Selon Trump, la morale de l’histoire est qu’il faut se méfier des réfugiés, mais il se pourrait bien aujourd’hui que le Parti républicain soit l’hôtesse trompée et que le rôle du serpent soit tenu par Trump lui-même. 

Tous savaient qui il était

Dans son refus d’accepter le verdict de l’électorat, Trump confirme le tempérament autocratique qui l’a toujours animé et qui semble désormais avoir infecté son parti.

Faut-il s’en étonner ? Depuis son entrée en politique, le penchant autoritaire de Trump n’avait d’égal que son indifférence pour les valeurs et traditions démocratiques et républicaines que son parti se targuait de défendre.

Un parti arnaqué

Les « sages » du Parti républicain ont cru qu’ils pourraient tempérer ses instincts antidémocratiques et que le parti ne se laisserait pas entièrement définir par Trump, mais les événements récents leur ont donné tort.

La cause intentée par l’Attorney General du Texas, qui réclamait qu’on efface les votes de quatre États sur la base de soupçons de fraude dénués de fondements, est venue confirmer cette transformation du Parti républicain.

La majorité des républicains de la Chambre des représentants a endossé cette poursuite futile, qui signifiait l’annulation des résultats d’une élection démocratique sans la moindre preuve, et plusieurs d’entre eux promettent une ultime tentative – manifestement vouée à l’échec – à la certification des résultats par le Congrès en janvier.

L’été dernier, le Parti républicain avait déjà abandonné toute prétention d’être quoi que ce soit d’autre qu’un culte de la personnalité lorsqu’il s’est donné comme seul élément de programme la loyauté indéfectible à Donald Trump. 

Pacte non résiliable ?

Le Parti républicain croyait pouvoir bénéficier d’un pacte avec Donald Trump sans subir de transformation profonde, mais il a perdu ce pari. Trump n’a pas changé, c’est le parti qui est désormais à son image et à la merci de ses supporteurs inconditionnels.

En fin de semaine, des manifestants pro-Trump déçus de l’échec des tentatives républicaines de renverser l’élection scandaient « Destroy the GOP ». Même s’il y a lieu d’être sceptique quant aux chances d’un retour du président déchu en 2024, Donald Trump et ses cultistes continueront à définir ce qu’est devenu le Parti républicain. 

Ce pourrait bien être un pacte faustien que les républicains ont conclu avec Donald Trump et ils en ont profité pendant que ça durait, mais ce genre de contrat n’est pas facilement résiliable. Le caractère autoritaire et antidémocratique du trumpisme risque de définir encore longtemps ce qui fut jadis un grand parti.