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Les coûts liés au REM explosent pour Montréal

Les factures connexes au projet s’accumulent, alors que Québec annonce une deuxième phase

voitures du REM
Photo d'archives, Chantal Poirier Les wagons du REM ont été dévoilés le mois dernier.

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Montréal devra allonger 160 M$ de plus que prévu en lien avec le Réseau express métropolitain au moment où Québec s’apprête à annoncer un mégaprolongement du projet dans l’est de Montréal, a constaté notre Bureau d’enquête.

• À lire aussi: REM: les premières voitures dévoilées

D’ici 2030, Montréal et les autres municipalités de l’île débourseront 221 M$ pour des travaux en lien avec le REM, fait état le plan des immobilisations de la Ville, adopté la semaine dernière. 

L’an dernier, Montréal prévoyait que les travaux à son compte réalisés à cause du train léger de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) ne lui coûteraient que 60 M$. La facture a donc augmenté de 366 % en un an.

Il s’agit du dernier développement dans la série d’augmentations de coûts et de retards.

De nouvelles surprises

« Le projet ayant grandement progressé au cours de la dernière année, la Ville est désormais en bien meilleure position pour cibler ses besoins en investissements », indique la porte-parole de la Ville, Audrey Gauthier.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, présente le budget 2021, de 6,1 G$, au marché Bonsecours, jeudi le 12 novembre 2020.
ELSA ISKANDER/24 HEURES/AGENCE QMI
Photo d'archives
La mairesse de Montréal, Valérie Plante, présente le budget 2021, de 6,1 G$, au marché Bonsecours, jeudi le 12 novembre 2020. ELSA ISKANDER/24 HEURES/AGENCE QMI

Toutefois, nos sources au sein de l’administration de la mairesse Valérie Plante parlent aussi de « surprises » et d’« une planification difficile ».

Elles pointent du doigt le mode de réalisation accéléré du projet, qui signifie que les plans évoluent pendant que la construction a lieu.

« La Caisse fait parfois des changements pour réduire ses coûts parce qu’elle a un objectif de rentabilité. Et l’adaptation est à la charge des partenaires [comme les villes] », indique une source. 

Parfois, les travaux n’ont pas le choix d’être réalisés, pour sécuriser l’abord des stations, par exemple. Sinon, la Ville profite du chantier du REM pour remettre à neuf des infrastructures vieillissantes et évite ainsi de retourner en travaux au même endroit dans les prochaines années.

Le fait que la Caisse ait opté pour un tracé aérien à Pointe-Saint-Charles, duquel on voit les pylônes sur la photo prise hier, a contribué à hausser la facture de la Ville, selon nos informations.
Photo Martin Alarie
Le fait que la Caisse ait opté pour un tracé aérien à Pointe-Saint-Charles, duquel on voit les pylônes sur la photo prise hier, a contribué à hausser la facture de la Ville, selon nos informations.

Par exemple, la Ville a remis à neuf le pont d’étagement Jean-Talon, à la sortie du tunnel du mont Royal, et prolongé la rue Marc-Cantin, dans Pointe-Saint-Charles, des factures de près de 70 M$. 

La Caisse juge que les « changements sur les coûts de ces travaux ne devraient pas être associés au REM directement », car « aucun changement matériel n’a eu lieu du côté du REM pour provoquer une incidence sur les coûts de la Ville », indique le porte-parole Jean-Vincent Lacroix.

Nouvelles branches

François Legault et Valérie Plante doivent annoncer aujourd’hui un prolongement du REM d’une vingtaine de stations sur une trentaine de kilomètres. Selon les informations dévoilées d’abord par Bernard Drainville, au 98,5 FM, hier, le nouveau train ira du centre-ville jusqu’à Pointe-aux-Trembles et une branche montera également vers Montréal-Nord jusqu’au cégep Marie-Victorin (voir carte). 

Selon nos informations, cette annonce ne fera pas que des heureux. Des élus de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve sont très préoccupés de l’arrivée de ce mégaprojet, et donc mégachantier.  

Retards et augmentations de coûts  

Le projet du REM, d’abord annoncé comme un plan de 5,5 G$ en avril 2016, a vu ses coûts ne plus cesser de grimper depuis, si bien que la facture totale de la première phase devrait frôler les 8 G$.

 

  • En novembre 2016, CDPQ Infra, la filiale de la Caisse qui gère le projet, a ajouté trois stations au tracé et 400 millions $ à la facture, pour un total de 5,9 G$ 
  • En 2018, CDPQ Infra a annoncé que le montage financier portait le coût à 6,3 G$. Les gouvernements fédéral et provincial devaient financer le REM pour 1,3 G$ chacun.  
  • En 2018, le quotidien La Presse évaluait les coûts réels du REM à 7,5 G$, mentionnant notamment une contribution de Québec de près de 400 M$ pour la construction de la gare de l’A40 et d’une bretelle de l’autoroute 10. 
  • En 2019, Québec a dépensé près de 168 M$ pour maintenir des services de transport en commun affectés par le chantier du REM.  
  • En 2019, plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer le manque de places de stationnement projetées aux abords des gares, notamment à Brossard et dans l’ouest de l’île de Montréal. 
  • Au début 2020, Québec a allongé 62 M$ supplémentaires, dont 30 M$ pour prolonger la ligne de train Mascouche et ainsi maintenir le service pendant les travaux. 
  • La construction de la station à l’aéroport Montréal-Trudeau a été comprise à cause de la pandémie. Ottawa a annoncé, fin novembre, qu’une enveloppe de 500 M$ pourrait aider à financer le projet. Une contribution de Québec pourrait aussi être nécessaire pour que la station voie le jour. 
  • En novembre, CDPQ Infra a annoncé que le REM entrerait en service avec six mois de retard dans la section entre la Rive-Sud et le centre-ville, et avec 18 mois de retard pour la partie entre le centre-ville et Saint-Laurent. Les coûts augmenteront aussi d’environ 80 M$, a annoncé la Caisse, disant qu’une mise à jour viendrait plus tard.  
Macky Tall.
Caisse 
de dépôt
Photo Chantal Poirier
Macky Tall. Caisse de dépôt
  • La semaine dernière, le responsable du projet de REM à la Caisse de dépôt, Macky Tall, a annoncé son départ, insistant sur le fait que cela n’était pas lié aux retards du projet.