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Trump «pédagogue» malgré lui

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Photo AFP

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Alors que s’achève une présidence qui marquera l’histoire, je ne peux m’empêcher de penser à quel point ce mandat aura été riche en enseignements de toutes sortes.

Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai dû relire des passages de la constitution, des textes des Pères fondateurs ou des écrits sur l’évolution constitutionnelle pour m’assurer que ce président agissait bel et bien à l’intérieur des balises imaginées en 1787 et précisées au fil du temps.

Une caricature

Sans le vouloir, Donald Trump aura été un « pédagogue », entraînant autant le profane que l’expert dans des débats sur les limites de la présidence. Quatre ans plus tard, je suis convaincu d’une chose : jamais les penseurs du 18e siècle n’avaient imaginé qu’un tel homme puisse parvenir à la présidence.

Alexander Hamilton ou James Madison ne pouvaient se douter de la puissance des réseaux sociaux ou de l’efficacité des opérations de désinformation, mais ils imaginaient un président plus modeste, l’opposé d’un roi, et plus raisonnable. 

Par-dessus tout, Hamilton craignait un démagogue sans scrupules, détournant à son profit personnel des attaques contre son propre gouvernement. Si Donald Trump n’est pas le premier président dont le comportement ne fut pas vertueux, il aura assurément été le pire, véritable caricature de ce qu’on devrait éviter dans une démocratie.

Depuis la confirmation de la victoire de Joe Biden par le collège électoral plus tôt cette semaine, j’ai entendu un certain nombre d’intervenants qui affirmaient que, malgré la tourmente et le cirque judiciaire qui ont suivi l’élection de novembre, le système avait résisté aux pires assauts. 

Un Trump 2.0 : possible

Je crois que c’est une mauvaise lecture. Encore aujourd’hui, le président sortant récupère une gigantesque campagne de désinformation pour convaincre des millions de ses concitoyens qu’il est la victime d’une arnaque, d’un vol. Ces millions de partisans ne disparaîtront pas le 20 janvier lorsque Joe Biden prêtera serment. 

C’est déjà un legs douteux que d’évoluer dans une réalité alternative et de rapprocher les conspirationnistes de QAnon des cercles du pouvoir, c’en est une autre de miner ce qui reste de confiance des Américains dans les institutions et le système électoral.

On a déploré les mensonges ou les magouilles de plusieurs présidents, de William Harding à George W. Bush en passant par Richard Nixon et Bill Clinton, mais aucun de ces hommes n’aura pesé de tout son poids pour discréditer le système qui lui a permis d’accéder à la Maison-Blanche.

Il est assurément trop tôt pour un bilan complet de cette présidence, mais lorsque les historiens s’attaqueront à cette tâche, ils s’assureront de dépasser la folie de certaines déclarations pour en mesurer les réelles retombées.

À la lumière des informations dont nous disposons en cette fin 2020, nous ne pouvons exclure la possibilité qu’un autre Donald Trump parvienne à la présidence. Il n’est pas certain que la constitution ou la règle de droit puissent résister une seconde fois. Le prochain sera peut-être plus discipliné et mieux entouré.