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Des meurtres et des tourments

We 1219 Boileau
Photo courtoisie Brébeuf
Catherine Côté
Triptyque
240 pages
2020

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Catherine Côté a plongé dans le roman noir pour le faire bouger. Et elle le fait si finement qu’on n’y perd ni en mystère, ni en atmosphère.

Dans Brébeuf, on trouve tous les codes du roman noir : les années glauques d’après-guerre, des policiers pas nets, des femmes séduisantes, des couples qui déraillent, de l’alcool, des meurtres en série... Tout est familier. 

Mais Catherine Côté, écrivaine qui signe ici son premier roman policier, a ajouté sa touche. Plutôt que s’en tenir au ton attendu, ou même livrer une intrigue policière époustouflante, elle a choisi de creuser ses personnages. L’histoire, du coup, prend une autre dimension.

L’action se déroule en octobre 1947. Elle met en scène un trio dont le point central est Léopold Gauthier.

Celui-ci a été policier à la Sûreté de Montréal avant de s’enrôler pour la Seconde guerre mondiale. Il a prolongé son séjour en Europe : une fois les combats terminés, il y avait la paix à installer.

Plante et duhamel

Il est donc de retour à Montréal depuis seulement quelques semaines; il y a retrouvé sa femme, Suzanne Gauthier, journaliste qui couvre la scène policière pour le Montréal-Matin. 

Il a aussi renoué avec son ancien partenaire professionnel, Marcus O’Malley, grand buveur et policier souvent négligent.

Ensemble, ils tenteront de résoudre une série de meurtres sordides d’adolescents survenus autour du collège Brébeuf, où ils étudiaient.

Mais aucun des trois ne va bien. Léopold ose même consulter un psychiatre, poussé par sa femme qui voit bien que quelque chose cloche. L’époque ignore le choc post-traumatique chez les soldats, alors l’introspection se fait à tâtons. En entrouvant une porte à ce sujet, Catherine Côté donne de la profondeur à son roman.

De même, elle a choisi d’attirer l’attention sur les femmes qui faisaient des brèches : les premières policières comme les premières journalistes. Rares certes, mais qui ont existé et qu’on a oubliées.

Côté voulait que l’action de son roman se situe en 1947 précisément parce que c’est l’année où des femmes ont été embauchées pour de bon (des expériences avaient été menées au tournant du 20e siècle) par le Service de police de Montréal. 

L’initiative venait de Pacifique Plante et ces recrues féminines furent affectées à l’escouade de la moralité juvénile - non sans contraintes, ne serait-ce que de ne pas avoir le droit de porter d’armes. Et leur présence était des plus contestées.

Pax Plante, devenu célèbre pour avoir dénoncé la corruption à Montréal dans une série d’articles du Devoir en 1949 et 1950, est donc présent dans le roman. Tout comme Roger Duhamel, aussi mentionné dans Brébeuf, était bel et bien le rédacteur en chef du Montréal-Matin, quotidien fort populaire à l’époque. 

C’est le genre de références qui donnent de la crédibilité du récit et ajoutent au plaisir de parcourir un Montréal aujourd’hui disparu et que le roman fait bien revivre.

Catherine Côté entend consacrer une trilogie à son enquêteur Gauthier. Elle vient de lui donner d’excellentes bases.