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[LIVRE] Le phénomène de la grossophobie expliqué

Edith Bernier
Photo courtoisie, Patrick Lemay Edith Bernier

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La grossophobie, vous connaissez? Dans son livre, Grosse, et puis?, Edith Bernier explique à quel point ce phénomène, qui touche surtout les femmes, est présent dans la société, et quelles en sont ses conséquences. Elle souhaite que tout un chacun prenne conscience de la situation et qu’ainsi, les personnes grosses soient moins ciblées par les préjugés hostiles.

Respect et tolérance sont au premier plan dans cet ouvrage signé par la créatrice du site Grossophobie.ca – Infos et références, une référence sur le sujet dans la francophonie.

Edith Bernier explique ce qu’est la grossophobie : l’aversion envers les personnes grosses et les préjugés qui leur sont associés, à tort, et qui causent de la discrimination, qu’elle soit volontaire ou non. Elle décortique le sujet de A à Z dans son livre.

Poids et pandémie

Au début de la pandémie, Edith Bernier a observé qu’il y a eu beaucoup de grossophobie et de nombreux messages de gens inquiets de prendre du poids, sur les réseaux sociaux. « Genre, on disait que la pire affaire qui peut t’arriver, c’est d’engraisser... Euh, non. Ce n’est pas la pire affaire qui peut t’arriver. Tu pourrais, toi ou un membre de ta famille, tomber malade et peut-être mourir », partage-t-elle, en entrevue.

Pendant le premier confinement, elle a observé que les gens avaient oublié «de se garder une petite gêne». «Cette fois, on est en semi-confinement, mais il y a eu beaucoup de messages, même de la part de gens de qui je ne m’y attendais pas. Les gens disent : je vais engraisser, ça va pas ben... Oh my god, il faut que j’apprenne à gérer qu’il y a un frigidaire à côté de moi. Ben voyons! C’est vraiment ça, tes priorités?», commente-t-elle.

Edith a trouvé choquants la «panique» et le «réalignement pas très positif des sensibilités des gens». «La priorité, ça pourrait être que quelqu’un autour de toi ne va pas bien. Il y a eu tellement de conséquences auprès des personnes isolées, des personnes âgées et des personnes qui n’ont pas un réseau social hyper développé, qui sont plus importantes et plus graves que prendre du poids.»

Rejet et aversion

Mais qu’est-ce que c’est, au juste, la grossophobie? «Ce n’est pas la peur des gros, explique-t-elle. C’est le rejet, l’aversion, la discrimination envers les personnes grosses.»

Quelles sont les conséquences? «Au quotidien, ça peut nuire à l’obtention de soins de santé de qualité. Deux personnes qui vont chez le médecin, une grosse et une mince, n’auront pas nécessairement la même qualité de traitements», explique la spécialiste de la question. «Ça a été documenté dans des études.»

Il y a aussi des conséquences sur la garde-robe. «Ça limite énormément comment tu t’habilles. Même si, au Québec, on a 28-30 % de personnes qui sont considérées, selon l’indice de masse corporelle, [comme] “obèses”, c’est clair qu’on n’a pas 100 % des magasins», dit-elle en précisant que les vêtements de taille Plus ne sont pas disponibles partout.

Des difficultés de partout

Des problèmes peuvent aussi survenir en matière d’accès, que ce soit pour s’asseoir (ex. : chaises pas assez solides, tables trop rapprochées les unes des autres), ou en avion («c’est vraiment pénible!»). «Au travail, même si ta chaise est adaptée, par exemple, ton bureau ne sera pas plus grand parce que ta chaise est plus grosse.»

Edith Bernier parle aussi de l’ensemble des jugements, des commentaires, des conseils non sollicités sur les régimes, même sur le contenu des assiettes. «Si je mange une salade, c’est touchant : j’essaie. Si je mange une poutine, c’est ben évident que c’est pour ça que je suis grosse. On s’en sort jamais.»

Extrait  

«Les personnes grosses seraient l’ensemble des personnes qui sont unies par des expériences courantes et inévitables d’exclusion. Pas seulement celles qu’on a traitées de “grosse” ou “gros”, car nous l’avons presque toutes et tous été au moins une fois dans notre vie, mais celles pour qui la satisfaction des besoins de base est limitée, restreinte de façon importante. Il ne s’agit pas seulement des gens qui ont de la difficulté à trouver des vêtements qui leur plaisent, mais de celles et ceux qui ont de la difficulté à trouver des vêtements tout court.»


  

  • Edith Bernier est diplômée de l’UQAM en journalisme.  
  • Depuis 2017, elle écrit et prend position sur les questions de grossophobie, de diversité et d’image corporelle dans les médias.  
  • Elle a créé le site Grossophobie.ca