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Le paradoxe de l’achat local

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Photo Agence QMI, Joël Lemay Les serres Hydroserre de Mirabel.

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Face à l’incertitude, les humains reviendront à l’essentiel. La vue des étagères vides au printemps a profondément changé la façon dont nous voyons tous la chaîne d’approvisionnement alimentaire, et à quel point elle peut être fragile. 

Même les politiques, fédérales et provinciales, ont changé en raison des confinements du printemps dernier. L’excel-lent ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, y est même allé avec une nouvelle politique d’autonomie alimentaire récemment. Les systèmes alimentaires localisés et l’autonomie alimentaire sont au cœur de nos préoccupations de nos jours. L’achat local est priorisé, plus que jamais.

Mais avec le tapage généré par la pandémie, peu ont osé avoir des conversations honnêtes sur la façon dont les consommateurs voient les aliments locaux et s’il y a un réel appétit pour eux, sans jeu de mots.

D’abord, définir ce qu’est un produit local variera d’une région à l’autre. Une enquête récente menée par l’Université Dalhousie indique que les répondants des provinces de l’Atlantique--- et des Prairies ont déclaré que si les aliments sont cultivés dans la province, ils sont considérés comme locaux, alors que les consommateurs de la Colombie-Britannique---, de l’Ontario et du Québec sont plus susceptibles de considérer que seuls les aliments cultivés dans leur région sont locaux. Au Québec, un produit de Montréal ne sera pas nécessairement considéré comme local par la majorité des consommateurs qui vivent à Québec, par exemple.

Mais voici l’autre défi des produits locaux. Selon le même sondage, au moment de décider quels produits alimentaires acheter, 79,5 % des Canadiens sont prêts à payer plus cher les produits locaux lorsqu’ils font leurs courses. Bonne nouvelle. Cependant, seulement un Canadien sur quatre (25 %) considère la provenance des aliments comme importante une fois dans le magasin ou lors des achats en ligne. 

Le prix

C’est le paradoxe de l’achat local. La plupart veulent payer plus pour les produits locaux, mais peu recherchent activement des occasions de le faire. Le prix, sans surprise, est le facteur le plus important pour les Canadiens, près de la moitié (47,8 %) citant le prix comme étant le facteur le plus important. Les produits locaux ne sont pas toujours plus chers, bien sûr, mais les consommateurs le soupçonnent, constamment.

Les produits locaux devront non seulement être davantage promus, mais le prix devra devenir un facteur secondaire tout au long de l’année. En d’autres termes, la saisonnalité ne devrait pas être le seul facteur pouvant atténuer la volatilité des prix tout au long de l’année. Donc, l’autonomie alimentaire est une question importante qui sort de la pandémie. 

Nous nous attendons à ce que des investissements massifs soient consentis par plusieurs provinces pour soutenir des projets nationaux visant à produire davantage de denrées alimentaires pour offrir des produits abordables.

Mais le local, ce n’est pas qu’une affaire de production. La transformation alimentaire doit aussi faire sa part. Avec une mouvance vers le nationalisme économique en Occident, l’onshoring ou le nearshoring sont à la mode. Le ketchup de Kraft-Heinz à Montréal, les bières Corona et Stella Artois à London, Ontario, tous des signes encourageants. Les détaillants auront plus de choix d’approvisionnement durant les prochaines années, pas moins.

La taxe sur le carbone

Finalement, la fameuse taxe sur le carbone. Certains craignent que la taxe sur le carbone désavantage injustement nos propres circuits alimentaires, et ils ont raison. Mais avec un nouveau locataire à la Maison--Blanche, l’Accord de Paris se voit offrir une nouvelle bouée de sauvetage. Nous pourrions potentiellement voir les États-Unis réimplémenter et créer de nouvelles mesures environnementales dans les années à venir. 

Une taxe sur le carbone de 170 $ la tonne ici, au Canada, est une idée qui fait peur pour l’achat local. Il est donc primordial que le Canada travaille avec d’autres nations, en particulier les États-Unis, si nous voulons donner une chance de combat à nos produits alimentaires cultivés et produits localement.


Dr Sylvain Charlebois, professeur titulaire Faculté de management et d’agriculture Université Dalhousie