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«La culture doit être un cheval de Troie» -Jean-Michel Jarre

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Photo AFP Jean-Michel Jarre

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À quelques jours de se produire devant la planète entière, en direct de Paris, à l’occasion d’un concert virtuel unique en son genre, la veille du Nouvel An, le maître français de la musique électronique, Jean-Michel Jarre, plaide pour que les artistes puissent jouer partout, même dans les pays où les libertés sont brimées.

«Je suis contre toute forme de boycott», clame le musicien de 72 ans, qui est notamment déjà monté sur scène en Israël et en Arabie saoudite.

La question de se produire dans ces pays fait régulièrement polémique. Israël, en particulier, fait l’objet de fréquents appels au boycott de la part d’organismes et d’artistes, en soutien au peuple palestinien.

En 2017, Roger Waters et le cinéaste Ken Loach avaient dénoncé la décision du groupe Radiohead de donner un concert à Tel-Aviv. L’an dernier, Madonna s’était aussi fait reprocher d’avoir accepté de participer à la finale de l’Eurovision, au même endroit.

«Je ne cesserai jamais de jouer de la musique pour me plier à de quelconques demandes politiques, pas plus que je ne cesserai de m’élever publiquement contre les violations des droits humains, où que ce soit dans le monde», avait déclaré la star.

Jean-Michel Jarre se range résolument dans son camp.

«Je pense qu’il faut aller dans les pays où les gens n’ont pas les mêmes libertés que les nôtres. Le boycott, c’est participer de manière indirecte à une forme d’aliénation ou de radicalisation. La culture doit être un cheval de Troie. Si on prive les gens qui n’ont pas les mêmes libertés que nous de cinéma, de musique, de culture, nous sommes responsables de leur appliquer une double peine», dénonce-t-il.

Un avatar

Le 31 décembre, le problème ne se posera pas, puisque Jean-Michel Jarre pourra s’adresser pendant 45 minutes, par le truchement de sa musique, à tous les humains possédant le câble ou une connexion internet, à l’occasion de l’événement Welcome to the Other Side.

Le concept retenu est à la fois un clin d’œil à la vague de concerts virtuels qui a suivi le confinement décrété par plusieurs gouvernements de même qu’une démonstration des progrès de la technologie.

Jarre donnera sa performance en direct d’un studio parisien, mais sur les écrans, les spectateurs pourront plutôt voir son avatar s’exécuter à l’intérieur d’une cathédrale Notre-Dame de Paris numérisée.

«Le monde entier va pouvoir venir dans le cœur de Paris. C’est cet aspect que j’aime de la réalité virtuelle. On peut toucher des gens qui sont isolés socialement et géographiquement et qui peuvent se retrouver ensemble», s’enthousiasme l’artiste français.

La réalité virtuelle, là pour rester

Produire ces 45 minutes de musique, à partir d’extraits de ses albums Electronica, Oxygène et Équinoxe, constitue une tâche colossale. Une centaine de techniciens et de créateurs, issus de start-up françaises, mettent la main à la pâte depuis le mois de septembre.

Ça semble beaucoup de labeur pour un seul événement, mais pour Jean-Michel Jarre, le jeu en vaut amplement la chandelle si l’on considère que la réalité virtuelle est là pour rester.

«Évidemment, rien ne remplace le plaisir d’être dans une salle de spectacles ou dans un festival, épaule contre épaule, et de partager l’émotion collectivement. Or, je fais avec la réalité virtuelle une analogie avec les débuts du cinéma. À l’époque des frères Lumière, le cinéma était projeté dans des cirques et on considérait ça comme une lanterne magique. Les gens du théâtre voyaient ça comme une simple curiosité.»

Le cinéma est finalement devenu un art important. Le septième, comme on l’a surnommé.

«Et non seulement il n’a pas altéré le spectacle vivant, observe Jean-Michel Jarre, mais il a même renforcé l’intérêt des gens pour le théâtre. Même chose avec la télévision, qui a renforcé le cinéma plutôt que l’affaiblir. La réalité virtuelle va donc se développer comme un mode d’expression de plus qui va connaître, à mon avis, le même essor que le cinéma à son époque. Non pas pour remplacer quoi que ce soit, mais pour renforcer, pour épauler le spectacle vivant avec des possibilités qu’on ne peut même pas imaginer sur une scène physique.»


► Le spectacle Welcome to the Other Side sera présenté en direct de Paris à 17 h 25, heure du Québec, le 31 décembre. On pourra le voir en immersion totale via la plateforme VRchat ou avec n’importe quel casque de réalité virtuelle. Le concert sera aussi diffusé en ligne sur les réseaux sociaux de Jean-Michel Jarre.