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Illusion dans votre salon : Luc Langevin présente un spectacle novateur

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Quand les spectacles virtuels ont pris de l’ampleur, durant le confinement du printemps, Luc Langevin a voulu prendre la balle au bond. Mais, pour l’illusionniste de 37 ans, il n’était pas question de faire de simples numéros de cartes à l’écran, mais plutôt d’amener le concept à un autre niveau. Pendant le temps des Fêtes, il présentera ainsi Interconnectés, un spectacle novateur conçu presque à 360 degrés.

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Luc Langevin nous avait donné rendez-vous dans son « studio-entrepôt » dans le quartier Saint-Henri, à Montréal. Quand il a eu l’idée de faire son spectacle virtuel, l’illusionniste père du petit Victor, trois ans, a voulu chercher un endroit près de chez lui. Il a alors déniché un local où il pouvait entreposer son matériel de tournée en plus d’y tourner son spectacle virtuel. 

« C’est à cinq minutes de marche de chez nous, dit-il. Je peux faire deux spectacles dans la même journée et aller retourner souper à la maison entre les deux. Je passe ainsi plus de temps en famille. » 

Quand la pandémie a frappé au printemps, Luc Langevin en était dans ses dernières représentations de la tournée Maintenant demain. « Il nous restait une douzaine de dates au Québec, dit-il. On devait partir en tournée en France en janvier 2021 pour un mois ou deux. Et je commençais à penser à un troisième show. On avait rencontré un metteur en scène. »

Dépenses moins grandes

Tout a bien sûr été mis sur la glace. Au mois de mai, voyant que la pandémie se poursuivrait pour un certain temps et que plusieurs artistes se tournaient vers le virtuel, Luc Langevin s’est mis à penser à un concept avec cette technologie.

« Il y a un an et demi, j’avais déjà dans la tête de faire un projet de show plus intime, dit-il. Je pensais à des foules beaucoup plus minimalistes, avec des tours de proximité. Mais ce n’était pas viable à moins de demander 500 $ le billet. »

Le virtuel lui permettait de mettre son idée en marche sans engager d’incroyables dépenses. « Soudainement, je n’avais plus à me louer de théâtre si je me trouvais un local permanent, je n’avais plus à faire de route, je pouvais réduire le nombre de techniciens, dit-il. Il y a des enjeux de production qui disparaissaient, sans mauvais jeu de mots avec la magie ! (rires). »

Avant de mettre son projet en marche, il a testé de petites capsules à distance sur le web avec trois artistes (Mélanie Maynard, Ricardo et Marie-Lyne Joncas). « Ç’a bien marché, dit-il. J’étais content, car je me demandais si je pouvais monter un spectacle comme ça avec les gens. »

Le voici qui vient d’arriver avec Interconnectés, un spectacle monté en quelques mois que Luc Langevin opère tout seul. « J’ai deux techniciens en régie, mais c’est moi qui fais toutes les manipulations, dit-il. J’ai été connu à la télé en faisant de la magie de rue. On a voulu garder cet esprit-là. Je trouve toujours que la magie est plus percutante quand t’oublies qu’il y a des ficelles derrière. »

En compétition avec Netflix

Dans ce spectacle d’un peu plus de 60 minutes, Luc Langevin propose huit tableaux qui contiennent chacun plusieurs tours.

« Je savais qu’en faisant un show que les gens consomment sur leur ordinateur, automatiquement je suis en compétition avec Netflix, les réseaux sociaux et toutes les distractions qu’ils peuvent avoir, dit-il. Il faut que j’accote en termes de divertissement et de rythme ces éléments-là. J’ai conçu le show pour être très rythmé. Il y a au minimum un punch de magie par minute. T’as de la magie vraiment en continu. Je suis un peu essoufflé à la fin ! »

Luc Langevin a conçu ce spectacle pour être extrêmement interactif. Lors de chaque représentation, 23 spectateurs, qui ont acheté des accès premium, apparaissent à l’écran et interagissent avec lui. « Il y a des tours visuels, des tours d’adresse, deux numéros de mentalisme et un tour où j’utilise un courriel que j’envoie à tous les spectateurs, même ceux qui ont des billets réguliers. »

Après avoir touché à ce concept virtuel, Luc Langevin voit encore plus loin pour les prochaines années. « J’ai d’autres projets en lien avec le numérique, comme la réalité virtuelle et la réalité augmentée, dit-il. Il n’y a pas de magiciens qui sont entrés là-dedans. » 

Un public familial     

Photo d'archives, Chantal Poirier

Quand il a créé son spectacle virtuel, Luc Langevin avait prévu que les gens seraient nombreux à le regarder en famille. Il faut dire qu’avec la pandémie, il s’agit d’une activité plutôt sécuritaire et abordable à essayer. Sans imaginer des tours spécifiquement pour les enfants, l’illusionniste les a conçus pour des publics de six ans et plus.  

Mardi dernier, lors de la première médiatique d’Interconnectés, on a pu constater qu’une grosse majorité des 23 foyers qui avaient acheté un accès premium, et que l’on pouvait ainsi voir à l’écran interagir avec l’illusionniste, étaient effectivement des familles. Luc Langevin a ainsi parlé à quelques reprises avec des enfants gênés ou peu bavards. Il a alors dû faire de la magie avec sa répartie ! 

En environ 75 minutes de prestation, l’illusionniste a souvent épaté la galerie avec des tours parfois minimalistes mais jamais dépourvus de créativité. Il nous a bluffés avec des jeux de perspective et a constamment fait appel aux spectateurs tout au long de ses numéros. 

Étrangement, alors qu’on n’a rien à redire sur le travail de Langevin, c’est justement le volet interactif qui nous a quelques fois agacés. Certains spectateurs, peu habitués de se faire parler par « la boîte à images », avaient mal cadré leur caméra, ou mal ajusté leur micro, ce qui a rendu le spectacle moins fluide.  

Pour les personnes qui seraient intéressées à acheter un accès premium (au coût de 55 $ plus taxes), sachez qu’ils se sont tous écoulés jusqu’à la fin février. Des accès réguliers (à 25 $ + taxes) sont toutefois encore disponibles pour les prochaines semaines. 

Viser le marché étranger     

Tout le temps des Fêtes, Luc Langevin fera des spectacles virtuels pour le Québec et d’autres pour l’Europe francophone. La technologie lui permet ainsi de travailler les deux marchés simultanément.

« On fait les shows pour la France à 14 h 30, dit-il. Il est donc 20 h 30 pour eux là-bas. Pour donner le feeling qu’il est aussi le soir ici, on met des gels dans les fenêtres. »

Entre Noël et le jour de l’An, l’illusionniste donnera ainsi deux spectacles par jour, ce qu’il ne pouvait évidemment pas faire avant la pandémie.

« En termes de commercialisation, il y a plein d’avantages du show numérique auxquels on n’avait même pas pensé quand on a fait la conception, indique le directeur de production, Jean-Philippe Tessier. Un des gros enjeux qu’on avait avant, c’était de se demander comment on pouvait à la fois faire des shows en Europe et au Québec dans un moment important comme les Fêtes. 

« Il fallait envoyer les décors de tournée par bateau, poursuit-il. On avait tout le temps un bon deux mois où on ne pouvait pas faire de show. On n’était jamais au bon moment sur les deux marchés ! »

Du côté anglophone

Le virtuel pourrait aussi permettre à Luc Langevin d’enfin essayer de percer le marché anglophone, ce que l’illusionniste souhaite depuis quelques années. 

« Le risque financier est moins grand [avec le virtuel]. Je trouve que c’est un bon véhicule pour attaquer le Canada anglais et les États-Unis. Je trouve ça fantastique de me dire que peut-être, je vais pouvoir agrandir ma notoriété, mais en restant chez nous. C’est tellement trop beau, je me méfie ! »

Il y a quelques jours, quand nous avons reparlé au magicien, celui-ci avait déjà donné près d’une douzaine de spectacles virtuels, pour le Québec, pour l’Europe et pour des entreprises. 

« Ç’a très bien été, dit-il. J’avais peur des problèmes techniques au début, car c’est un spectacle qui repose beaucoup sur le bon fonctionnement de la technologie. Au niveau de la réponse, je suis extrêmement content. Le contact est encore mieux que ce que je pensais. »

Luc Langevin est tellement emballé par le concept virtuel qu’il se voit très bien poursuivre parallèlement dans ce format une fois que les spectacles en salle seront à nouveau permis. 

« Je l’ai pensé comme ça. C’était important de travailler sur un concept qui était viable, même s’il n’y avait plus de pandémie. C’est une expérience différente au show live. » 


Luc Langevin présentera le spectacle virtuel Interconnectés – Aux portes de l’impossible les 20, 27, 28, 29 et 30 décembre, et plusieurs dates en janvier et février. 

► Pour plus d’infos : luclangevin.com.