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[PHOTOS] 8 choses à savoir sur l'histoire des raquetteurs à Québec

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L’historien Denis Vaugeois a surnommé l’autochtone du Nouveau Monde «l’Indien généreux», et avec raison. Les Européens qui se sont établis en Amérique n’auraient pu y survivre sans l’aide des peuples autochtones. Ils leur ont emprunté des façons de faire qui ont grandement simplifié leur adaptation. L’un de ces emprunts est toujours très en vogue de nos jours. Il s’agit de la raquette. Au fil du temps, son usage et même sa conception ont grandement évolué. Suivez le guide.

1) L'origine de la raquette  

Marchande amérindienne de mocassin portant des raquettes, Cornelius Krieghoff, Wikimedia Commons.
Marchande amérindienne de mocassin portant des raquettes, Cornelius Krieghoff, Wikimedia Commons.

Les raquettes étaient un accessoire indispensable aux membres des Premières Nations pour leur permettre de vaquer à leurs activités de survie durant l'hiver. Il ne s'agissait pas alors d'un loisir, mais d'un mode de vie. Elles étaient faites d'une armature de frêne et de lanières de babiche (cuir de caribou et, plus tard, de vache) tressées. Elles étaient portées sous des mocassins, des bottes de cuir mou. 

Les premiers Européens adopteront rapidement cette façon de faire. Il semble que cette pratique était très répandue chez les Canadiens, les Anglais étant moins enclins à l'utiliser. Il faudra attendre jusqu'au XIXe siècle avant que la pratique de la raquette ne devienne un loisir.

2) Les premiers clubs de raquetteurs  

Club de raquetteurs au Mont Sainte-Anne, 1910, MNBAQ.
Club de raquetteurs au Mont Sainte-Anne, 1910, MNBAQ.

Au XIXe siècle, le réseau routier est bien développé et les habitants n'ont plus à se déplacer autant en forêt. La pratique de la raquette devient donc un loisir qui s'organise autour de clubs. Le premier club de raquetteurs apparaît à Montréal dans la communauté anglophone en 1843: le Montreal Snowshoe Club. 

À Québec, ce n'est que 40 ans plus tard qu'un premier club est fondé, toujours chez les anglophones: le Quebec Snowshoe Club. Les francophones emboîtent le pas l'année suivante, en 1884, avec le Club Frontenac puis, en 1885, avec le Montagnais. 

Plusieurs autres clubs verront le jour au cours des années suivantes. Chaque club dispose d'un lieu de rencontre, généralement un chalet en périphérie de la ville. Ainsi, L'Union commerciale loge à la Canardière et les membres du Quebec Snowshoe Club se rencontrent sur le chemin Belvédère.

3) Leurs costumes  

Un raquetteur portant le costume de son club, 1894, Montminy and Co., MNBAQ.
Photo MNBAQ
Un raquetteur portant le costume de son club, 1894, Montminy and Co., MNBAQ.

Les Québécois adoptent non seulement l'usage de la raquette à neige, mais ils empruntent également l'habillement de leurs ancêtres qui «raquettaient» par nécessité. Ainsi, en plus des raquettes et des souliers mous, ils portaient des paletots en étoffe du pays, une ceinture fléchée, une longue tuque à pompon et des bas de laine. 

De plus, des couleurs particulières permettaient d'identifier le club auquel le raquetteur appartenait. Cet habillement devenait ni plus ni moins un uniforme. L'agencement rouge et noir identifiait le Quebec Snowshoe Club, d'où leur surnom de «Old Black and Red», le vert revenait au club irlandais Emerald (Émeraude), le gris et le bleu appartenaient à l'Union commerciale, le bleu pâle et le rouge cramoisi revenaient au club des Montagnais. 

En plus de leurs couleurs, chaque club possédait un hymne musical qui leur était propre. Celle de l’Union commerciale commençait par: «Allons, hardis marcheurs; partons, l’heure avance.» Et celle des Montagnais par: «Nous sommes montagnais, et joyeux compagnons, la plaine nous connaît, nous la parcourrons». On était fier d'appartenir à tel ou tel club.

4) Leurs activités  

Course en raquettes à Spencer Wood, 1852-1853, Francis Augustus Grant, Royal Ontario Museum
Course en raquettes à Spencer Wood, 1852-1853, Francis Augustus Grant, Royal Ontario Museum

En plus de leurs promenades dans les champs et sur les plaines, les raquetteurs des différents clubs s'affrontaient dans des compétitions d'endurance. Ils participaient également à diverses activités sociales et protocolaires. Leur présence donnait de la couleur aux événements. 

Ainsi, ils prenaient part à des défilés, en raquettes ou en traîneau, et ils escortaient régulièrement des visiteurs de marque. Par exemple, lors de sa visite à Québec en janvier 1889, la grande cantatrice Emma Albani est accueillie à la gare de train par divers clubs de raquetteurs. Deux cents d'entre eux escortent ensuite son traîneau jusqu'à son hôtel, puis jusqu'au parlement où le premier ministre Honoré Mercier l'attend. 

Le comte d’Aberdeen, gouverneur général du Canada, recevra le même honneur lors de sa visite au premier Carnaval de Québec en février 1894. Enfin, à la fin des années 1950, ils participaient également aux défilés du Carnaval de Québec.

5) Le carnaval de 1894  

Programme du Carnaval de Québec de 1894 sur lequel on aperçoit de nombreux raquetteurs, BAnQ.
Programme du Carnaval de Québec de 1894 sur lequel on aperçoit de nombreux raquetteurs, BAnQ.

Du 29 janvier au 3 février 1894, Québec présente son premier carnaval d’hiver. L’événement avait été organisé à l’initiative de Frank Carrel, éditeur du Quebec Daily Telegraph

Le clou de cette première édition avait été le palais de glace. Il s’agissait d’une époque où on ne lésinait pas sur les blocs de glace. En effet, ce château avait été construit sur le rempart, entre l’Esplanade et l’hôtel du Parlement, et il atteignait la hauteur d’un édifice de sept étages. Il était flanqué, de part et d’autre, par deux redoutes. 

L’avant-dernière soirée des festivités avait été consacrée à l’attaque du palais. Devant 60 000 spectateurs massés devant le parlement, 2000 raquetteurs provenant de 11 clubs — autant de Québec que de l’extérieur — appuyés par des centaines de soldats du Royal Canadian Artillery, du 8th Royal Rifles et par des Hurons et Montagnais, s’étaient déplacés dans un défilé aux flambeaux, du manège militaire jusqu’au lieu de combat.  

Par la suite, les raquetteurs avaient pris d’assaut la structure de glace défendue par les militaires, et ce, dans une chorégraphie de feux d’artifice. Ce spectacle pyrotechnique avait duré 45 minutes et avait coûté à lui seul plusieurs milliers de dollars. Les clubs de raquetteurs avaient donné beaucoup de panache à ce spectacle grandiose.

6) Leurs congrès  

Programme souvenir du Congrès des raquetteurs de Québec, février 1962, collection Yves Beauregard.
Programme souvenir du Congrès des raquetteurs de Québec, février 1962, collection Yves Beauregard.

En 1907 est créée l'Union canadienne des raquetteurs (Canadian Snowshoers' Union), qui regroupe les divers clubs canadiens. Winnipeg détrône Montréal et Québec et devient la capitale de la raquette. En décembre 1908, les clubs de Québec et de sa région forment l'Union des raquetteurs du district de Québec. Cette union donne un nouvel élan à un sport fortement menacé et qui semble devenu désuet. Célèbre pour ses hivers rigoureux et reconnu pour le dynamisme de certains de ses clubs, Québec sera l'hôte du congrès annuel de l'Union canadienne à plusieurs reprises au cours du XXe siècle (la première fois en 1908 et la dernière en 1962).

Comme leurs cousins québécois, les Franco-Américains sont devenus de grands amateurs de raquettes. Leurs clubs participent à plusieurs festivités québécoises et, à leur tour, des clubs de Québec se rendent aux grands rassemblements de raquetteurs à Lewiston (Maine), Lowell (Massachusetts) et Manchester (New Hampshire).

Parmi les clubs de la région de Québec qui s'illustrent au cours du XXe siècle jusqu'au congrès de 1962, dernier soubresaut du monde québécois de la raquette, notons: le club Le Zouave, fondé en 1906 par les «soldats du pape» et transformé en Union Saint-Laurent en 1940, le Loretteville organisé en 1925, le Voltigeur de Lévis, dont les origines remontaient à 1885. Au congrès de 1962 participent aussi deux vieux clubs de Québec du XIXe siècle qui, ayant traversé quelques tempêtes, ont tenu le coup jusque-là: le Frontenac et les Amateurs de raquette de l'Union commerciale. [On dit de ce congrès qu'il est international], car y sont réunis des clubs de l'Union canadienne des raquetteurs et de l'Union américaine des raquetteurs. (Jean-Marie Lebel)

7) Leur déclin  

Raquette traditionnelle en frêne et en babiche et raquette constituée d'aluminium et de matières thermoplastiques.
Raquette traditionnelle en frêne et en babiche et raquette constituée d'aluminium et de matières thermoplastiques.

Au XXe siècle, la raquette côtoie de nouveaux sports comme le ski alpin ou la randonnée, et la concurrence est vive. De nombreux raquetteurs adoptent ces sports de glisse. Peu à peu, la pratique de cette activité empruntée aux autochtones perd tout intérêt et devient marginale. 

Néanmoins, dans les années 1980, la technologie s'y intéresse et les cadres de frêne et les laçages de babiche cèdent leur place à de nouveaux matériaux plus performants comme l'aluminium et les thermoplastiques. Plusieurs centres de plein air et des parcs nationaux aménagent des pistes réservées aux adeptes de ce sport renouvelé et il redevient au goût du jour. Certains prendront même part à des compétitions d'élite. On retrouve même des raquetteurs en Europe. Les raquettes traditionnelles ne meurent pas pour autant, mais elles passent à la section du folklore. 

8) Une iconographie abondante  

Un raquetteur près de Québec en 1844, Bibliothèque et Archives Canada.
Un raquetteur près de Québec en 1844, Bibliothèque et Archives Canada.

Les raquetteurs ayant connu des heures de gloire, leur activité a été l'un des thèmes préférés des photographes et des dessinateurs d'antan. Ils ont donc laissé une riche iconographie, dont voici quelques exemples.

Promenade en raquettes sur les plaines, vers 1860, D. Gale, Bibliothèque et Archives Canada.
Promenade en raquettes sur les plaines, vers 1860, D. Gale, Bibliothèque et Archives Canada.

Raquetteurs sur terrain de l'ancien Drill shed (l'école d'équitation de Québec) vers 1900, J.E. Livernois, BAnQ.
Raquetteurs sur terrain de l'ancien Drill shed (l'école d'équitation de Québec) vers 1900, J.E. Livernois, BAnQ.

Course de raquettes à Québec, 24 janvier 1930, W.B. Edwards, Bibliothèque et Archives Canada.
Course de raquettes à Québec, 24 janvier 1930, W.B. Edwards, Bibliothèque et Archives Canada.

Un texte de Jean-François Caron, historien, Société historique de Québec  

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