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«Le sel de tous les oublis» de Yasmina Khadra: quitter tout pour partir sur les chemins

Yasmina Khadra
Photo courtoisie, Geraldine Bruneel L'auteur Yasmina Khadra

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Auteur à succès traduit dans plus de 40 pays, Yasmina Khadra invite ses lecteurs à l’accompagner au cœur de l’Algérie, dans les années 1950, pour suivre les pérégrinations d’un homme dévasté par le départ de son épouse. Laissant tout derrière lui, y compris son emploi d’enseignant, Adem Naït-Gacem se lance sur les chemins, en quête de réponses. Pourra-t-il donner un sens à une existence sans amour? Est-ce possible?

Adem Naït-Gacem, un instituteur algérien, voit sa vie s’effondrer lorsque sa femme le quitte. Incapable de se relever de cette perte qu’il n’avait pas vue venir, sans attaches, il est désespéré. Il abandonne son poste d’enseignant, il se lance sur les chemins comme un vagabond et rejoint les autres naufragés de la vie qu’il rencontre.

Au fil de ses aventures, il fait connaissance avec un vieillard aveugle, un psychiatre qui lit les œuvres de Pouchkine, un nain qui rêve d’une amitié sincère. Qu’ils soient soldats, ouvriers, hommes de Dieu, ils tentent tous de montrer à Adem que la société est pleine d’espérance, mais lui peine à trouver sa place.

<strong><em>Le sel de tous les oublis</em><br>Yasmina Khadra</strong><br>Éditions Julliard<br>254 pages.
Photo courtoisie
Le sel de tous les oublis
Yasmina Khadra

Éditions Julliard
254 pages.

Yasmina Khadra, écrivain des émotions à fleur de peau et des valeurs humaines profondes, homme chaleureux et d’une grande lucidité, offre avec ce roman une grande méditation sur l’absurdité d’une vie sans amour.

«Ce divorce et cette séparation brutale qu’a connus Adem, c’est un petit peu la séparation brutale que j’observe avec mes rêves, avec ma foi dans la littérature, ma foi dans les gens éclairés, commente-t-il. Peut-être qu’à partir de ce renoncement, j’ai construit un personnage qui renonce à tout.»

Adem n’est pas dans son état normal, poursuit-il. «Il est dépressif. Il est malade. Il ne peut pas être dans la sobriété. Il a toujours vécu un petit peu en retrait. Il porte un secret terrible en lui.»

Yasmina Khadra dit qu’à aucun moment, il n’a détesté Adem, aussi déplaisant soit-il. «Je le plaignais, j’étais peut-être en colère contre lui. Il me décevait souvent. Mais haïr, non, c’est pas possible.»

«Adem nous incarne tous, lorsque nous subissons un tort qui nous paraît injuste, lorsque nous sommes devant un échec qui ne nous paraît pas du tout envisageable. Lorsque d’un seul coup, on perd tous nos repères. Adem, c’est l’homme écorché, l’homme déçu.»

La pression sociale, les drames de société, les couples qui se disloquent, les pertes d’emploi, les problèmes économiques, un état de choc généralisé : l’histoire d’Adem fait presque écho à la situation présente dans le monde.

«C’est pour ça que j’ai choisi de le faire sortir de chez lui et de l’emmener sur les routes. Là, il va rencontrer des gens plus éclopés que lui, mais qui gardent la foi dans la vie. Il ne faut pas suivre Adem, mais suivre et écouter les autres.»

Yasmina Khadra rappelle, en faisant référence au conducteur de charrette généreux qui apparaît dans le roman, qu’il y a des gens qui sont prêts à aider les autres sans rien réclamer, par humanité, par piété. N’en pouvant plus de la mauvaise humeur d’Adem, le charretier plein d’entrain finit par le déposer sur le bord du chemin. «Ces gens sont tellement contents d’apporter de l’aide aux autres! Malheureu-sement, ce charretier est tombé sur un ingrat.»

Écrire Le sel de tous les oublis lui a fait du bien. «Sincèrement, tous les livres me font du bien parce que, quelque part, je me soustrais à ce monde qui est tellement décevant et je me réinvente à travers mes personnages. Je me crée des amis, je crée des compagnons qui me sont très utiles et qui m’aident à comprendre. Vous savez, j’ai beaucoup appris sur moi-même, avec ce livre.» 


  • Écrivain maintes fois primé, Yasmina Khadra est né en 1955 dans le Sahara algérien. 
  • Il est l’auteur d’une trilogie saluée dans le monde entier, Les hirondelles de Kaboul, L’attentat et Les sirènes de Bagdad. 
  • La plupart de ses romans sont traduits dans plus de 40 pays.   

EXTRAIT 

«De retour à son travail, Adem avait trouvé une valise à côté d’un petit sac à main dans le vestibule. Le soir était tombé : on n’avait pas allumé dans le couloir ni dans la cuisine. La porte de la chambre à coucher était grande ouverte sur Dalal assise sur le rebord du lit.

À la pâleur de son épouse, Adem avait pensé que quelque chose était arrivé à sa belle-mère, clouée au lit depuis une décennie des suites d’un accident vasculaire cérébral. Il se trompait.»