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Un Noël dans mon pays natal

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Photo d'archives, Maka Kotto Caroline et ma mère (au milieu) entourées de deux de mes trois sœurs.

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Décembre 2012. Ma conjointe Caroline et moi allions passer ensemble notre premier Noël au Cameroun et souligner par la même occasion, la commémoration du décès de mon père. Caroline n’y avait jamais mis les pieds auparavant.

Le voyage a mal commencé. 

Tempête de neige sur Montréal. L’enfer sur la route de l’aéroport. Nous étions en train de rater notre vol. Toute ma famille nous attendait au Cameroun. 

Sous la houlette de ma mère et de mes sœurs, l’organisation de la commémoration et de Noël avait mobilisé le temps et l’énergie de l’ensemble du village de feu mon père.

En arrivant à l’aéroport, surprise : tous les avions étaient cloués au sol. Stress... Par notre absence, je ne pouvais décevoir ni ma mère, ni mes sœurs, ni toute ma famille. Il fallait à tout prix se rendre !

De péripétie en péripétie, nous nous sommes finalement rendus à Hambourg, en Allemagne, en passant par Addis-Abeba, en Éthiopie. Le vol qui devait initialement durer 12 h a duré 36 h. Fatigue...

L’accueil

Il faisait 40 degrés à l’ombre. En arrivant au village, Caroline était totalement dépaysée. C’était noir de monde. À part ma mère et mes sœurs, elle ne connaissait personne. 

Elle était la seule caucasienne. Elle ne comprenait ni ne parlait la langue. Choc... Elle était devenue une minorité ethnique.

Les femmes du village l’accaparèrent et l’emportèrent comme une vague aux cris et au chant de « Bienvenue ma sœur ! Bienvenue ma sœur ! ». Les festivités de Noël ne faisaient que commencer. Caroline transpirait déjà sa vie.

Le repas de Noël

Il aura nécessité une quinzaine de jours de préparation. Il était gargantuesque !

C’est le repas le plus important de l’année dans les familles. Les cousines, les cousins proches ou éloignés, les voisins, voire même les passants, tout le monde est le bienvenu.

Les plats étaient diversifiés et riches en saveurs. Il y avait notamment des gâteaux de pistache, du n’dolè, du poisson et du poulet épicés et braisés, des bananes plantain sautées, ainsi que des bâtons de manioc.

Le choc culinaire

Caroline vivait alors un autre choc culturel en accéléré. Tous les plats lui étaient totalement méconnus.

De nos précédentes fêtes de Noël au Québec, je lui rappelai que c’est moi qui me trouvais à sa place. Avec ses encouragements renouvelés, d’une année à l’autre, il me fallait apprivoiser la cuisine traditionnelle québécoise. 

Le ragoût de pattes de cochon, le pâté à la viande, la tourtière, la poutine, les langues de porc marinées, les oreilles de crisse, les cretons, le pudding chômeur, les queues de castor, les pets de sœur, etc. J’y suis presque arrivé.

Elle me susurra alors à l’oreille : « c’est pas pareil pantoute... »

Nonobstant le niveau de difficulté, elle surmonta son défi culinaire sous les regards admiratifs des membres de ma famille camerounaise. Le champagne avait aidé. Il coule à flots au Cameroun pendant les fêtes de fin d’année. Alors champagne !