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Des grâces présidentielles impardonnables

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La nouvelle salve de grâces présidentielles annoncées par Donald Trump expose sa conception autocratique du pouvoir et pourrait n’être qu’un prélude à l’ultime pardon.

Mardi, Vladimir Poutine s’est offert un amendement constitutionnel qui lui permet de rester en poste jusqu’en 2036 et lui accorde une immunité à vie contre les poursuites judiciaires.

Il y en a un qui doit être jaloux ! 

L’actuel président américain n’a pas la même latitude que son maître à penser, mais il fait son possible pour affirmer son penchant autocratique.

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Trump ouvre les vannes

Le même jour, Donald Trump ouvrait les vannes en déployant de nouveau son pouvoir discrétionnaire de pardon.

Le pardon présidentiel est un des mécanismes insérés dans la Constitution pour établir l’équilibre entre les branches législative, exécutive et judiciaire. Depuis longtemps, ce pouvoir que la Constitution définit comme discrétionnaire est encadré par des normes qui en privilégient l’usage pour corriger certains verdicts injustes ou exagérés. 

Certains présidents ont toutefois politisé ce pouvoir, comme pour la grâce accordée à Richard Nixon par Gerald Ford, ou l’ont employé pour des motifs douteux, comme dans le cas des pardons accordés par Bill Clinton à Mark Rich, généreux donateur à ses campagnes, et à son propre frère.

Pour les trumpistes, ces rares précédents justifient le torrent de pardons présidentiels corrompus émis par l’actuel président.

Des pardons corrompus

Trump a déjà gracié son ami Roger Stone, qui avait menti pour le protéger dans l’affaire russe, signalant que la loyauté personnelle compte avant tout pour lui.

Dans une salve de pardons annoncés mardi, Trump a gracié plusieurs autres protagonistes de cette affaire, dans le but évident de discréditer l’enquête Mueller.

Il a aussi gracié trois ex-politiciens républicains condamnés pour des actes flagrants de corruption, pour qui la seule circonstance atténuante était qu’ils étaient des trumpistes indéfectibles.

De plus, Trump a gracié quatre anciens employés de la firme de sécurité Blackwater condamnés pour avoir massacré des civils sur la place Nisour à Bagdad en 2007. En ravivant cet événement qui a galvanisé le rejet de la présence américaine en Irak, Trump complique passablement le travail de son successeur. Petit détail : Blackwater appartient à Erik Prince, ami et bailleur de fonds de Trump.

En attendant la grande finale

Ce déluge de pardons prépare le terrain pour l’ultime acte de corruption que Trump a maintes fois évoqué, soit d’accorder la grâce aux membres de sa famille et à lui-même. 

Il est loin d’être clair qu’un auto-pardon serait constitutionnel, mais il est clair que cela contreviendrait à une norme qui allait tellement de soi pour les fondateurs qu’ils n’ont pas pris la peine de l’inscrire dans la Constitution. Pour eux, seule une personne d’honneur pourrait accéder à la présidence et tout président serait tenu de se comporter honorablement. Ils n’avaient pas tout prévu. 

Joe Biden a promis de proposer des modifications constitutionnelles pour encadrer l’usage du pardon présidentiel. Avec Trump qui continuera de ruer dans les brancards, ce sera un débat à suivre.