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Il n’y a pas de «droit au Sud»

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Photo Hugo Duchaine File d’attente à l’aéroport Montréal-Trudeau, vendredi.

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Pour apaiser un patient en train d’être intubé, Yves Bolduc lui suggérait, d’une voix qui susurre, de penser à « un beau voyage dans le Sud ».

Avec sa dégaine inimitable, l’ancien ministre libéral de la Santé — d’abord médecin — avait mimé ce « truc » infaillible devant les reporters ébahis alors qu’il se penchait sur un mannequin, lors d’une activité électorale, en 2008. Je l’entends encore appuyer sur le mot « Suuuud ».

Je crois que c’est à ce moment que j’ai pris conscience du caractère quasi sacré que prennent pour nous les déplacements dans les « pays chauds ». Pour traverser un moment pénible, ne pensez pas à un être cher, à faire « bonne chère » ou à une bonne bière, mais à un « beau voyage dans le Suuuud ».

Mollesse

Ça m’est revenu hier alors que je tentais de m’expliquer la mollesse de nos dirigeants face à ces voyages pourtant très nombreux, alors que nous sommes à l’apogée de la pandémie.

Certes, François Legault a dit qu’il ne le recommandait pas

Justin Trudeau a, lui, incité ceux ayant de tels projets à y renoncer.

Nos PM ont fait dans la « sensibilisation ». Aucune mesure n’a été ajoutée pour renforcer le message.

Lorsqu’ils veulent avoir de l’effet, nos chefs de gouvernements savent pourtant manier le bâton. Legault, mardi, aurait pu menacer, comme son homologue ontarien Ford, de tester, sur les routes, au sortir des aéroports, tous les voyageurs rentrant chez eux. Non, il s’est limité à attendre les informations d’Ottawa.

Hier, Justin Trudeau aurait pu spécifier que le fédéral ajouterait budgets et personnel afin que les quarantaines au retour soient vraiment surveillées.

Il aurait pu souligner les amendes et peines prévues dans la loi sur la quarantaine. Voire les possibilités d’emprisonnement. Il aurait pu rappeler que dans certains cas, les tribunaux ont qualifié de négligence criminelle la propagation nonchalante d’un virus.

Tricherie

Peut-être nos PM ont-ils préféré ne pas effaroucher la fameuse « classe moyenne », leur électorat fétiche ? Ou épargner nos transporteurs aériens ?

Pourtant, depuis des mois, on leur a fermé les restaurants, salles d’entraînement, musées et cinémas, etc. Pourquoi faire une exception pour le « Sud » ? D’ailleurs, la frontière n’était-elle pas fermée pour les voyages d’agrément ?

Vous me trouvez dur ? Avez-vous entendu le chef de l’unité des soins intensifs de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, François Marquis, qui a dénoncé « l’épouvantable tricherie des voyages dans le Sud » ? Il craint vraiment le pire au retour.

Vous pensez que les « sudistes » vont s’autoréguler, ce que semble croire M. Trudeau ? Les propos d’un couple de voyageurs rapportés hier dans La Presse n’avaient rien de rassurant. Ils admettaient avoir fréquenté des « discothèques » à l’étranger, mais promettaient de respecter la quarantaine, « sauf peut-être pour voir des amis tout en restant dans [la] voiture »...

Autrement dit « excepté une fois au chalet » !