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L’étrange repaire d’Ornella

Emmanuelle Caron
© Sandra Lachance

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Après Tous les jours me diront bienheureuse, un roman publié en France chez Grasset, l’écrivaine québécoise d’origine française Emmanuelle Caron revient cet automne avec un roman exceptionnel, Les lois du jour et de la nuit. À travers l’histoire de Marguerite et de son mari Armand, elle explore la notion de liberté, de liens familiaux toxiques, de filiation et d’autonomie, au féminin.

Quand son mari Arnaud part à la guerre, Marguerite retourne vivre dans l’étrange forêt de son enfance. Elle doit composer avec sa mère, Ornella, une femme tyrannique qui se livre à des rituels occultes dans son atelier de parfumerie.

Autour du manoir familial, il règne une ambiance sinistre. Un gros chien rôde, les poules sont étranglées et un voile blanc recouvre les plantes. Marguerite apprend d’un géant qu’un ennemi d’Ornella s’apprête à prendre sa revanche. Comme un malheur ne vient jamais seul, Arnaud est fait prisonnier en Indochine.

En entrevue, Emmanuelle Caron explique s’être replongée en partie dans son univers familial, pour ensuite donner une portée tout autre à son roman. Multidimensionnel, teinté de noir et de sciences occultes, il est très onirique, divinatoire même.

« J’aime l’idée qu’on puisse plonger à la surface des choses et aller chercher plus loin, note-t-elle. Peut-être que sous la surface, il y a quelque chose qui ressemble à des rêves. Ou à des cauchemars, plus précisément ! »

Un grand survivant

Emmanuelle raconte qu’elle vient d’une famille où il y a eu un grand survivant de la guerre d’Indochine : son grand-père. « Il a été soldat, là-bas, et emprisonné longtemps. Il en est revenu avec des traumatismes et une pulsion de raconter ce qu’il avait vécu. »

L’écrivaine a beaucoup vécu avec lui dans mon enfance et voulait que son histoire soit racontée. « J’ai eu accès à ses mémoires et j’ai eu accès à ce qu’il avait vécu vraiment. Le point de départ, c’était à la fois le choc face au caractère atroce de son expérience et la volonté de raconter son histoire. Je voulais la raconter de manière romancée, épique, poétique, et donner toutes ces dimensions à son récit. »

Emmanuelle explique qu’au même moment, sa grand-mère a dû, à bout de ressources, revenir vers sa mère avec qui elle avait des relations extrêmement compliquées. « J’avais beaucoup moins de documentation sur cette période. Du coup, j’ai pu complètement rebroder l’histoire de ma grand-mère et raconter une histoire telle que moi, je l’ai imaginée. »

Sorcellerie

Une des métaphores qui lui est apparue comme la plus forte pour parler de la filiation, du passé et des difficultés de vivre avec sa mère et des souvenirs est celle de la sorcellerie. « C’est pour ça que je me suis intéressée à la sorcellerie pour raconter l’histoire de cette femme, Marguerite, qui est à la fois ma grand-mère, et pas du tout ma grand-mère. »

◆ Emmanuelle Caron est née à Suresnes en France et vit au Québec depuis 2002.

Les lois du jour et de la nuit figure sur la liste préliminaire des Prix des Libraires du Québec 2021.

<b><i>Les lois du jour et de la nuit</i></b><br>
Emmanuelle Caron<br>
Éd.Heliotrope, 256 pages
Photo courtoisie, Éditions Héliotrope
Les lois du jour et de la nuit
Emmanuelle Caron
Éd.Heliotrope, 256 pages