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Un ministre venu prêter main-forte

Lionel Carmant n’a pas hésité à travailler dans un CHSLD au plus fort de la première vague

Malgré un horaire chargé, le ministre Lionel Carmant a cumulé des quarts de travail en soirée.
Photo courtoisie Malgré un horaire chargé, le ministre Lionel Carmant a cumulé des quarts de travail en soirée.

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Pendant deux semaines, lors de la première vague, Lionel Carmant a rempli ses fonctions de ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, le jour, avant d’aller travailler en CHSLD, le soir. Ce passage sur le terrain lui a permis d’identifier des lacunes à corriger pour mieux soigner nos aînés. 

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Quand François Legault a invité la population à venir en renfort aux préposés frappés par la COVID-19 en CHSLD, plusieurs élus ont répondu à l’appel. Le ministre Lionel Carmant et l’ex-ministre Gaétan Barrette racontent ce qu’ils ont vécu. 

Quand Lionel Carmant arrive au CHSLD Les Floralies Lasalle, en avril dernier, le personnel a largement déserté l’endroit, où de nombreux patients sont infectés par la COVID-19.

L’infirmière-cheffe Guylaine Lapierre — dont le ministre ne tarit pas d’éloges en entrevue — tient l’endroit à bout de bras. 

« Le premier soir, elle et moi, on a donné les médicaments à tous les résidents », soit environ 150 personnes, raconte-t-il.

Et la tâche est plus ardue qu’on ne le croit : sans le personnel habituel, il faut parfois deviner qui est le bon résident. D’autres aînés sont endormis au moment de la tournée. 

Mais tout comme son collègue à l’Environnement, Benoit Charrette, M. Carmant tenait à répondre à l’appel du premier ministre pour venir prêter main-forte en CHSLD.

« Les premières journées ont été assez éreintantes », raconte-t-il. Son travail de ministre commençait vers 5 h 30 le matin, alors que son quart de travail au CHSLD se terminait à 23 h. 

Mal adaptés

Dès son arrivée, cet ex-directeur du service de neurologie du CHU Sainte-Justine a été frappé de voir à quel point le personnel était peu formé pour prévenir et contrôler les infections face à un virus aussi puissant. 

« Par exemple, il y en a qui se mettaient du Purell par-dessus les gants », illustre M. Carmant. De la même façon, le personnel se protégeait sur les étages, mais dînait ensuite en groupe à la cafétéria ou faisait du covoiturage. 

En plus de corriger les lacunes dans son établissement, le ministre en a tiré des leçons pour mieux gérer la pandémie. « Ce sont toutes des choses sur lesquelles nous avons beaucoup travaillé pour la deuxième vague », raconte-t-il. 

De la même façon, Lionel Carmant a pu constater de visu la tendance à surmédicamenter nos aînés en établissement. Trop souvent, explique-t-il, un médecin à distance va prescrire un médicament sans réévaluer le patient.

« Mais sérieusement, quand tu donnes une pilule pour dormir à 22 h, ça ne vaut pas la peine et ça a juste des effets néfastes », déplore-t-il.

Avec trois autres médecins, le ministre s’est donc attelé à alléger la médication de certains résidents. « Juste le fait de réduire la médication, ça a beaucoup aidé à réveiller les gens qui étaient dans la place », lance-t-il. 

Docteur Teams et abandon d’aînés

Pendant ses quarts de travail, le ministre était aussi parfois responsable d’aider les résidents à communiquer avec leurs proches, ce qu’il appelle son travail de « DocteurTeams », en référence à la plateforme de visioconférence. 

Toutefois, trop d’aînés sont encore abandonnés par leurs familles. Même hors pandémie, environ 90 % des résidents n’ont pas de visite de leurs proches. « Malheureusement, il y a des gens qui n’avaient aucun contact mentionné dans leurs dossiers », déplore Lionel Carmant.

Gaétan Barrette a répondu à l’appel du PM  

L’ex-ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a aidé des préposés aux bénéficiaires dans sa circonscription.
Photo courtoisie
L’ex-ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a aidé des préposés aux bénéficiaires dans sa circonscription.

Quarante ans après avoir travaillé comme préposé aux bénéficiaires, l’ex-ministre de la Santé Gaétan Barrette a de nouveau revêtu ses « scrubs » le printemps dernier pour aller prêter main-forte en CHSLD. 

Le député de La Pinière a compris que le moment était « critique » quand le premier ministre François Legault a demandé l’aide des Québécois.

« Je voyais bien que c’était vraiment une question de service public, ce n’était pas une question de politique », relate M. Barrette. 

De plus, l’ex-président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) souhaitait « donner l’exemple », alors que son ancienne fédération était à couteaux tirés avec le gouvernement.

Finalement, « beaucoup » de médecins ont répondu à l’appel, se réjouit-il. 

M. Barrette n’était d’ailleurs pas le seul député libéral à prêter main-forte au plus fort de la première vague. Enrico Ciccone, Marie Montpetit et Monsef Derraji ont aussi travaillé en CHSLD le printemps dernier.  

Retour aux sources

Les trois semaines passées entre les murs du CHSLD Champlain, à Brossard, constituaient en quelque sorte un retour aux sources pour le Dr Barrette.

« J’ai été préposé de l’âge de 15 ans jusqu’à environ 24 ans au CHU de Sherbrooke. J’ai pratiqué jour, soir et nuit dans tous les services, incluant les services de gériatrie à Sherbrooke », raconte celui qui fut ensuite radiologiste. 

« M’asseoir devant une personne en perte cognitive sévère, presque paraplégique, et l’aider à manger pendant une heure et demie, j’avais déjà fait ça », illustre-t-il. 

Si la réponse à l’appel du premier ministre se voulait non partisane, le travail en CHSLD a permis au député de voir la crise de ses propres yeux.

Il raconte la « désertion » du personnel devant la crainte du virus et le manque d’équipement.

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Les immigrants

Aux premières loges, le critique libéral en matière d’immigration a aussi pu observer le rôle central joué par les nouveaux arrivants pour prendre soin de nos aînés.

« Le soir, la nuit, la fin de semaine, s’il n’y avait pas les immigrants, il n’y aurait personne dans les CHSLD », dit-il, surtout au sujet de la région montréalaise. « C’était flagrant », ajoute-t-il. 

C’est pourquoi la décision du gouvernement Legault d’accorder la résidence permanente uniquement aux demandeurs d’asile qui ont prodigué des soins de santé directs choque l’ex-ministre.

Les autres, comme ceux affectés à l’entretien ménager, sont exclus du programme. « C’est indécent, lance M. Barrette. Dans le système de santé, c’est un travail d’équipe et chacun a son rôle. »