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COVID-19: les entrepreneurs de Québec ne baissent pas les bras

La communauté d’affaires fait preuve de résilience et espère de meilleurs jours en 2021

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Rocco Cortina est propriétaire des deux restaurants Il Matto, dans la capitale nationale.

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À l’occasion de la période des Fêtes, Le Journal est allé à la rencontre de gens d’affaires de Québec issus de trois secteurs parmi les plus frappés par la pandémie pour voir comment la COVID-19 les avait transformés. Au-delà des conséquences économiques extrêmement importantes qu’ils doivent encaisser, ils ont un point en commun, la résilience.  

«Il y a eu des bénéfices et beaucoup de négatif avec la COVID-19», lance Rocco Cortina, propriétaire des restaurants Il Matto, à Québec.

«Je n’avais jamais le temps de prendre une pause pour revoir certaines choses parce que je faisais juste remplacer des employés.»

M. Cortina a donc profité de cette pause forcée pour revoir l’ensemble de ses recettes et des menus.

Une touche personnelle

«Je me suis rendu compte que chacun mettait un peu sa touche personnelle. J’ai revu la pâte à pizza, la sauce tomate et on revoit aussi le take-out. J’ai pu rénover et peinturer des choses. J’ai eu mon time-out, mais là, c’est assez. J’ai fait le tour», a-t-il partagé. 

M. Cortina considère que les restaurateurs ont eu pas mal le dos large en 2020.

«Je me demande même si on n’a pas visé un secteur pour aller chercher de la main-d’œuvre pour la déplacer ailleurs. Parmi les employés qui nous ont quittés, j’en ai deux qui sont préposés aux bénéficiaires, un qui lave les blouses des médecins et tous mes plongeurs sont rendus dans des supermarchés avec des conditions que je ne suis plus capable de donner», dit-il.

Lorsque les restaurants pourront rouvrir, M. Cortina anticipe un sérieux problème de main-d’œuvre.

Secteur fragilisé

Selon les statistiques de Restaurants Canada, 48% des exploitants d’établissement unique prévoient de devoir fermer leurs portes de façon définitive d’ici six mois si les conditions ne s’améliorent pas. 

«Si le monde était fragile avant, la pandémie va les achever», estime le restaurateur de Québec.

L’aide du gouvernement provincial sous forme de prêt pour payer les frais fixes risque de devenir impossible à rembourser s’il n’y a pas plus de revenus.

«Pour plusieurs, ça va faire mal quand ça va être le temps de rembourser.»

M. Cortina affirme que l’industrie de la restauration au Québec a été «martelée» pendant la crise qui lui a fait perdre 75% de son chiffre d’affaires. 

Retourner sur le plancher pour servir la clientèle  

Copriétaire de Sport & Chic
Photo Stevens LeBlanc
Copriétaire de Sport & Chic

«La COVID, c’est l’accélération vers le numérique. On avait déjà commencé. Ici, dans le Vieux-Québec, on avait assez de touristes. On sentait moins l’urgence de prendre le virage numérique. J’avais déjà un site transactionnel, mais il a fallu peaufiner ça avec la COVID», a affirmé Ziad Calil, copropriétaire de la boutique Sport & Chic.

Le travail s’est avéré colossal. Chaque produit en magasin a dû être saisi sur internet, avec une description et tout le tralala. M. Calil a dû mettre les bouchées doubles pour sa petite PME, prise en pleine tempête. «On a dû se débrouiller. C’est beaucoup de temps au début et des coûts aussi, mais on n’avait pas le choix.»

La vie de cet entrepreneur a été complètement bouleversée par la COVID-19. M. Calil est même retourné sur le plancher pour réduire les coûts d’exploitation. Malgré tout, il garde le moral. «Il ne faut pas se décourager. Les gens qui sont tenaces vont passer à travers.»

Triste Grande Allée  

Président d’Hôtel Château Laurier
Photo Diane Tremblay
Président d’Hôtel Château Laurier

Alain Girard, président d’Hôtel Château Laurier, se souvient d’une Grande Allée, au printemps dernier, complètement déserte où on aurait pu marcher au beau milieu de la chaussée sans crainte de se faire écraser. «C’était vraiment désolant. [...] C’est inimaginable, ce qu’on a vécu là. Je pensais qu’en septembre, ça irait mieux, mais cela ne s’est pas passé comme ça.» 

Après trois années records d’affilée, l’industrie hôtelière a été frappée de plein fouet, en 2020, avec la fermeture des frontières, ce qui s’est traduit par des milliers de pertes d’emplois partout au pays. Le Château Laurier, qui possède 270 chambres, fonctionne à peine à 10% de ses capacités. 

M. Girard ne s’en cache pas, l’entreprise de troisième génération connaît la pire année de son existence. «Lors du party de Noël, il y a deux ans, j’avais prédit à nos employés que 2020 serait notre meilleure année à vie. Finalement, c’est la pire année de notre existence», dit-il. «Par chance qu’on a eu ces trois années records. [...] C’est ce qui nous permet aujourd’hui de passer à travers cette crise.»