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Entre blessures et bienfaits

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Photo Hugo Duchaine Le bienfait des voyages étouffe la voix de la raison. Sur la photo, des voyageurs en partance à l’aéroport Montréal-Trudeau, il y a deux semaines.

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Je croyais que la maladie me rendait plus prompt à réagir aux propos contrariants avec des répliques qui ne tolèrent pas la supplique !

En écoutant quelques amis, j’ai cependant réalisé que l’impatience a gagné à peu près tout le monde en cette ère pandémique. 

De plus en plus de gens ont vite fait de trouver idiots tous ceux qui s’éloignent de ce qu’ils pensent.

Heureusement, nous ne sommes pas à l’époque de Jeanne D’Arc, car les bûchers n’en finiraient plus de brûler les hérétiques selon l’appréciation des uns et des autres !

Outrage gonflable

Le député Pierre Arcand se trouve en vacances à la Barbade avec la permission tacite de sa cheffe bien qu’elle invitait les Québécois à rester chez eux. Face au tumulte, Dominique Anglade lui ordonne de revenir pour sauver les apparences.

Le député Youri Chassin a rejoint son conjoint au Pérou avec la permission du premier ministre Legault après avoir, lui aussi, sommé la population de rester chez elle. Un député caquiste aurait-il plus de jugement que les citoyens ?

Quant à moi, ils peuvent rester où ils sont. Je suis convaincu que personne ne les croisera à l’épicerie dans la première quinzaine de leur retour.

C’est plutôt l’hypocrisie des gouvernements et des politiciens qui me titille. Air Transat le déplore d’ailleurs avec raison.

Voyages non recommandés, mais permis. Des règles qui s’ajoutent au gré des cris entendus dans l’arène. C’est la façon gouvernementale de se dispenser de soutenir économiquement l’industrie aérienne !

Selon chaque camp, les voyageurs deviennent des « touristatas », les sceptiques sur les mesures sanitaires, des « covidiots » et les scientifiques, des « comploteurs ». 

D’ailleurs, les jugements ex cathedra s’étendent sur une multitude de domaines. 

Nous n’avons qu’à rappeler les méandres créés autour de l’utilisation du mot nègre, de la non-reconnaissance du racisme systémique ou de l’appropriation culturelle pour mesurer la montée certaine du radicalisme de quelques franges.

Sous le couvert d’une blessure ressentie, certaines factions de la société québécoise voudraient faire taire la majorité dans l’expression de ses valeurs. 

Comme si les autres pouvaient se définir comme peuple sans que les arrivants de longue date puissent le faire pour eux-mêmes. 

L’intolérance grandit de part et d’autre avec la délation en prime !

Gros bon sens

La cohésion sociale n’est pas un luxe dont on peut se passer sans risque. 

Face à la pandémie, il urge que la nuance reprenne son droit de Cité pour sortir de la polarisation dans laquelle chaque débat semble entraîner les protagonistes. 

Le premier devoir de cohérence et d’apaisement incombe à nos gouvernements et commande de faire preuve d’une grande transparence. 

Plutôt que d’offrir en pâture quelques voyageurs ou d’entretenir quelques débats foireux, l’État devrait expliquer pourquoi il maintient ou non certaines activités en sachant que près des deux tiers des éclosions sont liés aux milieux de travail et scolaire.

Moins de distraction et plus de mutuelle compréhension ferait du bien !