/misc
Navigation

Une taxe cruellement subtile

Coup d'oeil sur cet article

La COVID-19 a eu des répercussions sur l’industrie agroalimentaire, mais avec le temps, la résilience aide à les surmonter. Cependant, avant les Fêtes, l’annonce du gouvernement d’augmenter la taxe sur le carbone à 170$ la tonne métrique d’ici 2030 aura un effet à long terme, et probablement que le consommateur en paiera la note.

Les changements climatiques deviennent un véritable problème et nous concernent grandement. Tout le monde convient qu’il faut agir rapidement et la taxe sur le carbone semble apporter une solution. Cette taxe vise essentiellement à pénaliser les pollueurs. Un système simple et juste.

Les producteurs agricoles ne cessent de clamer que le prix des produits alimentaires augmentera, en partie à cause de la taxe sur le carbone qui atteindra 50$ la tonne métrique d’ici l’an prochain. Toutefois, cet argument ne tient pas vraiment la route. Le Québec et la Colombie-Britannique imposent cette taxe depuis 2007 et 2008 et les prix alimentaires n’ont pas augmenté plus rapidement qu’ailleurs. De plus, les consommateurs reçoivent des crédits en compensation. Par contre, il est moins clair si ceux-ci sont compensés pour des prix alimentaires plus élevés. Mais pour les productions céréalières et horticoles, ces 170$ la tonne changeront complètement la donne. D’ici 2030, la ferme moyenne devra débourser une somme importante dépassant 24 000$ en nouvelle taxe, sans aucune compensation. 

L’impact d’une taxe de 170$ sur la compétitivité du secteur dépendra grandement de ce qui se passera aux frontières du Canada et au-delà. Compte tenu de la compétitivité des marchés alimentaires nationaux et internationaux, une taxe de 170$ la tonne imposée au Canada, mais non imposée dans les autres grands pays exportateurs et importateurs, pénalisera nos propres agriculteurs. Les producteurs ne peuvent hausser leurs prix même si les coûts de production augmentent à la ferme. Contrairement aux secteurs de la transformation et de la distribution, cette réalité économique afflige la production. Le gouvernement songe à imposer une taxe à la frontière sur les produits alimentaires provenant d’ailleurs, mais rien n’est confirmé. Autrement dit, en taxant notre production domestique, les importateurs auront un avantage concurrentiel important. Ottawa doit protéger la compétitivité de notre secteur agricole.

Les producteurs sont parmi les meilleurs protecteurs de l’environnement au monde. Ces derniers gagnent leur vie principalement en ayant accès à des ressources naturelles abondantes. Ils doivent prendre soin de l’environnement et ils peuvent en faire plus. Mais les mesures incitatives pour effectuer des changements importants manquent. Par exemple, il n’existe aucun substitut économique au propane pour assécher les grains à la récolte. Nous devons développer de nouvelles technologies afin d’offrir des options environnementales à nos producteurs.

Bien sûr, avec l’arrivée de l’administration Biden/Harris à la Maison-Blanche, les choses pourraient changer. Tout comme le Canada, le président élu Joe Biden entend ratifier l’accord de Paris qui incite les États à atteindre une carboneutralité d’ici 2050. À cet effet, les producteurs américains devront possiblement aussi payer une taxe, comme ceux du Canada.

Pour les consommateurs, il existe un risque assez important. Avec une taxe aussi élevée de 170$ la tonne, il devient difficile de penser que le coût du panier d’épicerie ne fluctuera pas. Un tel constat nécessite une recherche plus approfondie, mais notre taux d’inflation alimentaire d’ici 2030 augmentera fort probablement à cause d’une taxe de carbone culminante et très subtile. Certains consommateurs seront prêts à payer le juste prix des aliments pour sauver la planète, mais pour plusieurs autres, leur réalité budgétaire les empêchera de suivre ces ambitions environnementales. Et les crédits du gouvernement Trudeau se feront probablement attendre.