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Deuxième confinement: des milliers de mises à pied à prévoir

Un nouveau confinement dans la construction et le manufacturier sera coûteux

Sébastien Daudelin
Photo Chantal Poirier Lors du confinement du printemps, Sébastien Daudelin, président de Rotoplast, un manufacturier de la Montérégie, a dû mettre à pied 90 % de ses effectifs pendant cinq semaines.

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En imposant un deuxième confinement à plusieurs secteurs économiques, dont le commerce de détail, la construction et le manufacturier, le gouvernement forcera les entreprises à mettre à pied des milliers de travailleurs dans les prochaines semaines.

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« Nous sommes excessivement préoccupés, répond Véronique Proulx, PDG de Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ). Depuis le premier confinement, le secteur manufacturier a mis en place des mesures de santé et de sécurité élevées pour assurer la protection des travailleurs », dit-elle.

Le gouvernement Legault va annoncer aujourd’hui une nouvelle pause pour l’économie québécoise afin de ralentir la propagation du virus.    

De très nombreux entrepreneurs et propriétaires de PME seront donc suspendus aux lèvres du gouvernement. 

« On va être assis devant notre télé à 17 h et on va avoir un tas de questions demain », résume Sébastien Daudelin, président de Rotoplast, une PME qui fabrique des pièces en plastique sur mesure.   

  • Écoutez ces entrevues sur le possible effet d’un confinement prolongé sur l’économie du Québec   

L’entreprise d’East Farnham, en Montérégie, a dû mettre ses 48 employés au chômage lors du premier confinement, au printemps. 

« On a déjà une année catastrophique, on a accumulé du retard toute l’année », déclare M. Daudelin.

La direction de MEQ avance qu’au printemps, « environ 50 % » des 23 000 entreprises manufacturières au Québec avaient été contraintes de cesser leurs activités. Plusieurs avaient également dû réduire leur production.  

Chez Rotoplast, par exemple, quelques employés seulement avaient pu revenir pendant la pause décrétée par Québec. « On a roulé à 10 % pendant cinq semaines parce qu’on a des clients jugés services essentiels », explique Sébastien Daudelin.

Entre mars et avril, les ventes manufacturières au Québec ont chuté de près de 30 %, accusant des pertes de près de 4 milliards de dollars. Durant cette période, 115 000 travailleurs ont été mis à pied, sur un total de 475 000 dans le secteur.  

Véronique Proulx craint maintenant que plusieurs entreprises ferment définitivement. Selon elle, Québec est l’un des seuls gouvernements au monde à mettre l’industrie manufacturière sur pause. 

Elle propose plutôt de resserrer davantage les mesures de sécurité ou de miser sur une approche plus ciblée.   

« Si on ferme les compagnies, elles vont perdre des contrats. Elles vont avoir des pénalités importantes, car elles ne seront pas capables de respecter leurs engagements. Ce sont des millions qui seront perdus », souligne-t-elle.  

À la mi-décembre, 26,8 % des éclosions à travers la province provenaient d’entreprises dans le secteur manufacturier.  

Cueillette à l’auto

Par ailleurs, hier, Le Journal écrivait que le secteur du commerce de détail craignait le prolongement du confinement. Si c’est le cas, les détaillants espéraient que le gouvernement autorise la cueillette à l’auto. 

« On continue d’espérer que le gouvernement va permettre la cueillette à l’auto, car pour nous cela va être une façon de sauver des emplois », a avancé Jean-François Belleau, directeur des relations gouvernementales au Conseil canadien du commerce de détail. 

Selon nos informations, Québec prévoit aller de l’avant avec cette mesure pour certains produits, actuellement considérés comme non essentiels, comme des gants, des bottes et des vêtements.

– Avec la collaboration de Geneviève Lajoie  

Fermer serait inutile et catastrophique, soutient l’industrie de la construction  

L’Association de la construction du Québec (ACQ) demande carrément au gouvernement de ne pas remettre les chantiers sur pause.

Elle craint que certaines entreprises ne réussissent pas cette fois-ci à se relever.   

Mesures sanitaires suffisantes

« Nous avons mis des mesures sanitaires sur nos chantiers qui ont somme toute bien fonctionné », affirme le porte-parole d’ACQ, Guillaume Houle. 

Plusieurs entrepreneurs prévoient faire des mises à pied massives en raison du nouveau confinement, entend-il dans le milieu. Au printemps, plus de 100 000 emplois avaient été perdus temporairement. 

« Ce sont les travailleurs qui pourraient être visés. Cela va avoir des impacts économiques majeurs. Lors du dernier confinement, les impacts ont été néfastes pour l’économie, notamment sur les coûts des matériaux et sur la disponibilité des matériaux. Cela risque de mettre une pression sur les coûts de construction et entraîner des retards », prévient M. Houle. 

Hausse des prix à craindre

Le prix de la matière première pourrait effectivement encore une fois pâtir de la pause, pense Mathieu Larivée, directeur des relations aux entrepreneurs chez Réno Assistance. 

« Le scénario catastrophe, ce serait que la chaîne d’approvisionnement soit fermée une autre fois. Ça va faire mal », dit-il. 

M. Larivée rappelle que la matière première « était excessivement difficile à trouver après la première pause ». Les prix du bois, notamment, avaient monté en flèche. 

–Avec la collaboration de Geneviève Lajoie

► En décembre, selon des données de l’Institut national de santé publique du Québec, le secteur de la construction représentait 8,6 % des cas d’éclosion, le commerce de gros 6,7 % et le commerce de détail 21,6 %. 


SCÉNARIOS DE RECONFINEMENT  

  • Fermeture complète de la construction      
  • Fermeture des entreprises manufacturières. Toutefois, comme au printemps, les compagnies qui produisent des biens essentiels pourront poursuivre certaines activités avec des restrictions.      
  • Prolongement du confinement pour le commerce de détail.      
  • L’un des scénarios prévoit une fermeture pour les entreprises de trois à quatre semaines.     
  • Québec offrira la cueillette de la marchandise à l’auto pour certains produits actuellement considérés comme non essentiels, comme des gants, des bottes et des vêtements.         

LA PAUSE DU PRINTEMPS 2020

15 mars : l’urgence sanitaire est décrétée 

24 mars : fermeture de l’ensemble des commerces et services non essentiels

4 mai : réouverture des commerces (25 mai dans la grande région de Montréal) 

11 mai : réouverture des chantiers de construction et des entreprises manufacturières de 50 employés et moins 

25 mai : réouverture sans restriction des entreprises manufacturières 

1er juin : réouverture des salons de coiffure et d’esthétique (15 juin à Montréal)  

QUELQUES CHIFFRES SUR L’EMPLOI

Au troisième trimestre de 2020, le nombre de travailleurs au Québec correspondait à 96,7 % du nombre d’emplois au quatrième trimestre de 2019. Cela signifie que la province avait récupéré ou presque ses pertes au cours des derniers mois. 

CHUTE DES EMPLOIS ENTRE MARS ET AVRIL 2020   

  • Manufacturier 114 000 emplois  
  • Construction 108 000 emplois  
  • Commerce de gros et de détail 100 500 emplois   

Total 556 500 emplois

Source : Statistiquee Canada

POIDS (EMPLOIS) PAR INDUSTRIE AU QUÉBEC EN 2019

Manufacturier 12 % 

Construction 5,5 % 

Commerce de gros et de détail 17 % 

Source : Institut de la statistique du Québec