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Nouvelles mesures sanitaires: les usines et les chantiers tous jugés essentiels

Les directives annoncées mercredi par Québec sont toutefois extrêmement nébuleuses

Jean-Martin Lemay
Photo Chantal Poirier Jean-Martin Lemay, président de Menuitech, qui se spécialise dans les armoires de cuisine, aurait, comme plusieurs, préféré plus de clarté.

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«On laisse aux employeurs le soin de décider et ça nous inquiète. On aurait préféré des règles claires», a laissé tomber le président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), Daniel Boyer, peu de temps après l’annonce du gouvernement, mercredi. 

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Alors que tous les scénarios évoqués la veille impliquaient la fermeture d’une partie de l’industrie manufacturière et de celle de la construction, ce ne sera finalement pas le cas.

  • Écoutez le ministre du Travail Jean Boulet avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

Québec demande plutôt aux deux secteurs de réduire dès samedi, et ce, jusqu’au 8 février leurs «activités au minimum pour assurer la réalisation des engagements actuels».  

«Ce qu’on comprend, c’est que la construction, comme le manufacturier, est jugée comme une industrie essentielle et que les activités se poursuivent. On est soulagé», lance Guillaume Houle, de l’Association de la construction du Québec (ACQ).   

C’est le soulagement, aussi, au sein des Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ).

«Nous sommes loin du printemps. Tous les manufacturiers sont considérés comme essentiels», se réjouit Véronique Proulx, PDG de l’organisme.  

Elle explique que certains manufacturiers pourraient espacer ou ajouter des quarts de travail afin de limiter le nombre de personnes dans une usine et favoriser la distanciation physique.   

  • Écoutez la chronique économique d’Yves Daoust sur QUB radio:   

Relâchement

À la FTQ, on est conscient que le virus se transmet dans les milieux de travail et on constate un relâchement du respect des consignes, autant chez les employés et que chez les employeurs. 

«On ne souhaite pas nécessairement que des secteurs d’activité soient fermés. On souhaite des consignes claires qui soient respectées et qu’il y ait de moins en moins de relâchement», explique M. Boyer.  

«On ne réussira pas à passer au travers avec des consignes nébuleuses», ajoute-t-il.  

Dans son annonce de mercredi, Québec a aussi étendu l’obligation du télétravail «lorsque possible» et l’ajustement des quarts de travail pour limiter les présences sur les sites de production et de construction.

À la mi-décembre, 26,8 % des éclosions à travers la province provenaient d’entreprises dans le secteur manufacturier. Le secteur de la construction représentait, quant à lui, 8,6 % des cas d’éclosion, selon des données de l’Institut national de santé publique du Québec.   

Manque de clarté dans la construction    

«J’aurais aimé que ce soit plus clair. Est-ce qu’on peut finir nos chantiers? Est-ce qu’on peut en repartir de nouveaux?» se demande Jean-Martin Lemay, de Menuitech, qui se spécialise dans les armoires de cuisine. Le patron de l’entreprise va réunir ses chargés de projet aujourd’hui pour voir ce qu’ils feront au cours des prochains jours. Le plan de Menuitech, avant l’annonce de mercredi, était très prudent : aucun nouveau chantier avant le 11 janvier. «On va continuer de protéger nos clients. S’ils font un autre point de presse dans une semaine et qu’ils nous ferment, on va avoir l’air fou. Je vais être prudent», assure M. Lemay.   

L’aéronautique épargné   

L’industrie aérospatiale s’en tire mieux que lors du confinement du printemps. Dès mardi, des employeurs avaient annoncé à leurs salariés que la production allait être maintenue. 

«Cette décision [...] évitera que le Québec ne devienne un point bloquant dans la chaîne d’approvisionnement mondiale», s’est réjoui mercredi Aéro Montréal. Bombardier, Airbus, Pratt & Whitney et Bell Textron pourront ainsi continuer de livrer des aéronefs et des moteurs à leurs clients. Aéro Montréal a assuré que l’industrie allait faire des «efforts supplémentaires» sur le plan des mesures sanitaires, sans toutefois donner plus de détails. 

Un peu d'air pour les détaillants     

Tous les détaillants du Québec pourront offrir dès samedi la cueillette à l’auto sans contact aux consommateurs pour les biens essentiels et non essentiels achetés en ligne. Il s’agissait d’une demande de l’industrie afin de permettre aux commerces de mieux servir leurs clients et d’améliorer leurs finances. Cette pratique commerciale n’était pas encore permise au Québec, contrairement à l’Ontario. Pour le Conseil québécois du commerce de détail, il s’agit d’une bonne nouvelle. 

«Cette option permettra à plusieurs détaillants de traverser la vague, de liquider leur inventaire et de maximiser chaque dollar de vente», avance le DG, Stéphane Drouin. Même son de cloche du côté du Conseil canadien du commerce de détail (CCCD). 

«Cette mesure donnera assurément un peu d’air à des détaillants dits non essentiels qui continuent de traverser une période extrêmement difficile», affirme Marc Fortin, président du CCCD – Québec.