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Rachid Badouri: «Redonner aux jeunes, c’est mon mandat en ce moment»

Rachid Badouri: «Redonner aux jeunes, c’est mon mandat en ce moment»
Photo Jocelyn Michel, le consulat.ca

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Au cours des dernières années, Rachid Badouri a fait un grand travail d’introspection pour devenir une meilleure personne. Dans les coulisses du showbiz, l’humoriste avait autrefois la réputation d’être une star hautaine, insupportable et désagréable. Après une thérapie et des mois tumultueux, il a fait un courageux mea culpa dans son dernier spectacle, Les fleurs du tapis. Aujourd’hui, Rachid Badouri a retrouvé son humilité qui, dit-il, était «partie en vacances à Cayo Coco». Sympathique et généreux, il se donne maintenant la mission de braquer les projecteurs sur la nouvelle génération d’humoristes, qui l’a beaucoup aidé à retrouver la voie du succès.

Quand ComediHa! a demandé à l’humoriste d’animer pour la première fois un de ses six galas virtuels qui sera capté le 22 janvier au Capitole, il a accepté, mais en imposant deux conditions: il voulait d’abord un gala équitable sur le plan de la diversité sexuelle et raciale, mais il tenait aussi mordicus à offrir cette tribune à la nouvelle génération d’humoristes.   

«La relève m’a beaucoup donné pendant mon temps de création et de rodage pour mon dernier spectacle», justifie-t-il à l’autre bout du fil.   

Dans la logique des choses, les humoristes en devenir demandent conseil aux artistes plus établis. Mais Rachid Badouri n’est pas du genre à s’asseoir sur son expérience et n’hésite pas à s’enrichir humblement de la façon de faire des petits nouveaux, «tellement solides qu’ils sont dangereux ». Grâce à eux, il a affûté son style d’humour, lui qui n’avait pas eu la chance, en début de carrière, «d’aller [se] péter la gueule dans les bars, parce que tout a commencé trop vite». 

«Pour préparer mon troisième spectacle, je suis allé me casser la gueule dans tous les bars de Montréal, raconte l’humoriste de 44 ans. Je passais souvent entre deux relèves. Je n’ai jamais hésité à leur demander conseil, et ils étaient francs avec moi.»

À l’autre bout du fil, il confie d’ailleurs avoir fait rire de lui, lorsqu’il disait à un humoriste de la relève vouloir intituler son spectacle Les moutons de Panurge. «Il m’a dit que si mon show s’appelait comme ça, il ne viendrait jamais me voir.»

«Leur humour est aiguisé au couteau, ajoute-t-il. Ils ont tous les médias à leur portée en ce moment pour comprendre ce qu’il faut et ne faut pas faire. Ils savent tout. Ils sont ancrés. Ils ne veulent pas être connus, ils veulent être efficaces. Ils ont quelque chose à dire, ils ont une profondeur et ils sont autonomes. Aujourd’hui, l’humoriste n’a plus besoin d’un standing ovation dans un gala d’humour pour faire carrière comme ça l’était pour nous, en 2005. Ils ont plus d’outils qu’on [en] avait.»  

Un gala diversifié

C’est donc dans cet esprit de redonner au suivant que se tiendra le gala. Mais aussi dans un esprit de diversité. Rachid Badouri a été le premier humoriste maghrébin à avoir du succès en humour au Québec, et force est de constater qu’en ce moment, la scène humoristique québécoise est plus diversifiée que jamais, se réjouit-il. «Je n’aurais pas dit ça il y a deux ans», concède-t-il. 

On le voit à sa liste d’invités : les excellents Anas Hassouna, Eddy King et Mehdi Bousaidan ont été conviés au gala. Se considère-t-il comme un modèle qui a pavé la voie? «Pas nécessairement, mais j’essaie de donner le bon exemple et d’en faire beaucoup pour ceux qui suivent en arrière de moi. Redonner aux jeunes, c’est ça, mon mandat en ce moment.»  

L’humoriste a aussi invité des filles au gala, mais elles sont tellement demandées que « ç’a été plus compliqué d’avoir l’équité. Mais au moins, on en a deux. »

La COVID à l’avant-plan

Les animateurs des galas ComediHa! ont tous concocté des numéros exclusifs. La grande question : parle-t-on, ou non, de la pandémie ? Si les opinions parmi les animateurs divergent, pour Rachid Badouri, c’est évident. La pandémie est au cœur de trois des quatre numéros qu’il fera dans son gala, qui s’annonce «purement stand-up». Le dernier numéro, tiré de son one man show, en est un sur les ethnies. 

Sinon, il livrera son opinion sur les extrémistes, racontera comment s’est passé le confinement en tant que père, et abordera également le délicat sujet de la santé mentale. «Mais après, je n’en parle plus», promet-il.   

Les six galas seront captés en direct devant une salle vide, en raison de la pandémie qui frappe le Québec plus fort que jamais actuellement. Rien pour déstabiliser Rachid Badouri, qui comptera sur le rire des techniciens. 

«Si ça avait été ma première expérience, je t’aurais dit honnêtement que oui, ça se peut que je panique. Mais j’en ai tellement fait ! J’ai fait des shows bizarres, mais bizarres ! Les shows de cinéparc, des shows dans ma chambre, des shows où tout le monde était sur mute. Je voyais juste sourire, mais je n’entendais rien ! J’ai fait un show dans une quincaillerie à Québec, un autre au Metro à Chambly... alors, faire un show dans le beau Capitole, sur une belle scène, avec des techniciens et techniciennes qui vont rire... Ce sera pour moi d’excellentes conditions», souligne-t-il.    


♦ Le gala ComediHa ! de Rachid Badouri aura lieu le 22 janvier, à 20 h, sur la plateforme comediha.TV. Les billets sont en vente à 24,99 $.

♦ Parmi les invités, on retrouvera Mehdi Bousaidan, Eddy King, Mike Beaudoin, Anas Hassouna, Jean-Michel Martel, Charles Brunet et Michelle Desrochers, entre autres. 

Un doigt d’honneur à la pandémie   

Rachid Badouri remontera sur scène à Québec pour son gala ComediHa! presque un an jour pour jour après la première médiatique de son troisième one man show, Les fleurs du tapis, qui a eu lieu le 8 janvier 2020 à la Salle Albert-Rousseau. «On dirait que ça fait une éternité», se désole l’humoriste à l’autre bout du fil. 

Après deux petits mois de tournée, la COVID a freiné l’élan de ce spectacle, pour lequel les critiques avaient été fort élogieuses. Le Journal rapportait d’ailleurs que l’humoriste était au sommet de son art avec ce brillant one man show script-édité par Laurent Paquin.  

«C’était important, pour moi, dans ce troisième spectacle, qu’on voie le changement dans mon style d’humour, qu’on voie le travail derrière ça, la maturité, tant personnelle que professionnelle, soutient Rachid Badouri. Mais j’ai quand même été chanceux. Il y a des humoristes qui n’ont même pas pu faire leur première en 2020.» 

Malgré le report de sa tournée, dont plus de 63 000 billets avaient trouvé preneurs, pas question pour Rachid Badouri d’arrêter de faire rire: il a pris très au sérieux le défi de « se réinventer ». Il fait partie des artistes qui ne sont pas reposés sur leurs lauriers et a continué à travailler d’arrache-pied, mais autrement. 

Outre l’écriture du gala ComediHa!, il est devenu une star de la plateforme TikTok avec de très courts et hilarants sketches qui mettent en vedette sa fille, son père et sa femme. Son compte a plus de 1,2 million d’abonnés et certaines vidéos dépassent les 4 millions de visionnements.  

Puis il a continué à enchaîner les spectacles virtuels, quelles que soient les conditions. Pour lui, continuer à trouver des manières de faire rire malgré la situation actuelle est « un doigt d’honneur à la pandémie», souligne-t-il.  

«J’aime dire à la COVID qu’elle ne pourra pas nous anéantir. Je pourrais bien paraître en disant que c’est important de faire rire les gens en ce moment. C’est sûr que c’est dans mon ADN. C’est égoïste, tu vas dire, mais je le fais pour moi. Si je ne fais pas rire quelqu’un dans une journée, je deviens mauvais. Faire rire, c’est un besoin.  

«Mais de savoir qu’on est capable de mettre un sourire à une population dont le bonheur est train de périr, ça fait du bien. Parce que j’ai l’impression que notre courtoisie, notre civisme sont en train de se perdre. On est en train de se diviser en tant que peuple sur plusieurs aspects. Et si je suis capable d’aller juste mettre un petit baume, en attendant que tout ce bordel se calme, je vais être super content.»