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Il faut croire à la réussite des élèves en difficulté

GEN-STEPHANE-ALLAIRE
Photo Agence QMI, Roger Gagnon Stéphane Allaire.

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Depuis mars dernier, on s’inquiète du cheminement scolaire des élèves en difficulté d’apprentissage. Avec raison. Bien que les inquiétudes soient fondées, leur situation n’est cependant pas désespérée. Réflexion sur le concept de difficulté.

L’été dernier, j’ai été impliqué dans un petit projet de construction résidentielle. Bien que je ne sois pas un grand bricoleur, nous avons réalisé le projet par nous-mêmes. Il y a des tâches que je savais déjà accomplir, d’autres que j’ai apprises par moi-même, et enfin, quelques-unes qui m’étaient inconnues. 

Par exemple, je savais faire des coupes de bois franches. Par contre, pour ce qui est d’aligner à angle droit les poteaux d’une clôture, c’était plus difficile. Avec du temps et l’aide de ma conjointe, qui est plus habile que moi, j’y suis finalement parvenu. Nous avons aujourd’hui une clôture droite, solide, approuvée par la municipalité, et surtout dont je suis satisfait. Bref, le projet est une réussite.

Que signifie être en difficulté ?

Qu’est-ce que cette anecdote vient faire dans un texte portant sur la situation des élèves en difficulté, vous demandez-vous ? La légèreté de la première permet de réfléchir à la délicatesse de la seconde.

Que signifie « être en difficulté » ? En difficulté par rapport à qui ? Par rapport à quoi ? Selon quels délais ? En considérant quelles ressources à ma disposition ou non ?

Personne n’apprend exactement au même rythme. Outre mon projet estival témoignant d’une différence entre ma conjointe et moi, plusieurs situations ordinaires du quotidien s’offrent à nous pour le constater. 

Par exemple, en écoutant un film avec votre tendre moitié, il est possible que vous compreniez l’intrigue plus ou moins rapidement qu’elle. S’en formalise-t-on exagérément ?

Le principe de rythme d’apprentissage est sensiblement le même dans une classe, avec une différence importante qu’il peut y avoir jusqu’à une trentaine d’élèves. Évidemment, cela complique la situation.

Ensuite, une même personne n’apprend pas au même rythme dans tous les contextes. J’ai mis moins de temps à m’approprier la coupe de bois que l’alignement précis des poteaux.

De l’aide pour apprendre

Enfin, l’exemple est utile pour illustrer qu’il ne devrait pas y avoir de gêne à recevoir de l’aide pour apprendre. En fait, ce soutien fait partie intégrante de l’apprentissage. Lev Vygotsky, un célèbre psychologue russe, disait que ce que l’enfant peut accomplir avec de l’aide aujourd’hui, il sera capable de le faire de façon autonome plus tard. 

Être en difficulté, c’est donc en quelque sorte le chemin qu’il reste à parcourir avec quelqu’un avant d’être capable d’effectuer quelque chose par soi-même.

Cette pensée permet de comprendre l’importance du travail des enseignants. Eux disposent de la formation requise pour identifier adéquatement le niveau d’avancement des élèves et s’y adapter pour les faire progresser.

Évidemment, les écarts à combler peuvent être plus ou moins importants. Celui auquel j’ai fait face l’été dernier était minimal comparativement à ceux auxquels des élèves sont confrontés. C’est pourquoi les efforts d’un enseignant ne suffisent parfois plus et que d’autres personnes doivent venir en renfort de façon concertée. C’est particulièrement le cas dans le contexte actuel de pandémie.

Les parents d’élèves en difficulté n’ont pas à compenser ce travail. Néanmoins, ils ont plus que jamais un rôle capital à jouer. Celui de motivation et de valorisation de la scolarisation. Il est préférable de se concentrer sur les notions essentielles que d’abandonner l’école. Les conséquences à long terme seraient alors beaucoup plus éprouvantes.

En conclusion, en conjuguant les encouragements, le travail des enseignants et, souhaitons-le, la concrétisation de mesures de soutien supplémentaires, il demeure permis de croire à la réussite des élèves en difficulté. Que leur arrivera-t-il si le système d’éducation les laisse en plan ? 

Stéphane Allaire
Professeur, département des sciences de l’éducation, UQAC

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