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Ces Américains oubliés

Ces Américains oubliés
AFP

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Alors que toute l’attention médiatique est concentrée sur les manifestants qui ont pris d’assaut le Capitole, sur le président Trump et ses alliés républicains, je crois qu’il importe de rappeler certaines réalités.

Si Donald Trump et ses alliés méritent le sort qu’on leur réserve et qu’il faut s’assurer de les sanctionner correctement, on devra éventuellement élargir la réflexion et la recherche de solutions. Tous les partisans du président sortant ne sont pas des extrémistes ou des individus violents qui cautionnent le spectacle dégradant de la semaine dernière.

Bien que la responsabilité première incombe à des groupes d’extrémistes et aux refus de plusieurs élus de les condamner, il y a malgré tout plus de 74 millions d’Américains qui ont préféré un candidat incompétent, fantasque et impulsif à Joe Biden et au programme démocrate.

Oui, il y a des républicains purs et durs qui ne s’imaginent pas voter «bleu». Nous savons également à quel point le climat politique est polarisé comme il l’a été à peu d’occasions dans l’histoire de ce pays, mais les démocrates devront éventuellement se livrer eux aussi à un petit examen de conscience. Comment expliquer qu’après toutes ses frasques et son délire Donald Trump puisse encore être perçu comme une option?

Une réponse à cette question commande un examen approfondi et une analyse que ne permet pas la formule du blogue. On peut tout de même avancer sans se tromper que le Parti démocrate, tiré par des mouvements plus progressistes qui répondent aux aspirations de certaines régions du pays, s’est coupé de la réalité vécue par bien des Américains. 

Pendant qu’une élite intellectuelle débat légitimement sur les défis du 21e siècle en se concentrant sur sa réalité, on s’éloigne de préoccupations bien terre à terre d’Américains de plusieurs zones. Je ne crois pas qu’il s’agisse d’un oubli volontaire ou d’indifférence, plutôt d’une absence de discussion et de la radicalisation des positions les plus éloignées.

Depuis son retour sur la scène politique lors des primaires, et régulièrement depuis, Joe Biden lance un message rassembleur. Il se présente comme un président raisonnable et modéré qui veut parler à tous ses concitoyens. Il devrait éviter de se limiter à des symboles ou à des promesses; il faut obtenir des résultats si on veut entretenir un modeste espoir de stabilité sociale.

D'un côté le nouveau président ne peut ignorer les minorités, de l'autre il se doit de penser à beaucoup de Blancs qui traversent une période difficile et qui ont l’impression que les démocrates les ont oubliés. Tout comme on oublie parfois que dans les années 1950 et 1960, la lutte de Martin Luther King ne se limitait pas qu’à la question raciale, il souhaitait aussi la fin des inégalités économiques pour tous.

L’équilibre auquel Joe Biden doit parvenir est difficile à atteindre dans un pays aussi vaste qui présente tellement de visages différents. Non seulement on doit penser aux aspirations de toutes les régions ou de tous les groupes, mais il faut aussi se soucier de laisser aux États une marge de manœuvre pour adapter les solutions envisagées par les politiciens de Washington.

Autant certains défis exigent une participation du gouvernement fédéral, autant on ne devrait jamais oublier que la très grande majorité des habitants de ce pays croient dans l’importance de l’effort et de la responsabilité individuels. Pas simple tout ça...