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Cuisiner avec du cannabis, c’est jouer avec le feu

Chocolate cannabis brownies on dark background with marijuana leaf made with CBD butter. A delicious desert to impress your dinner guests and a relaxing way to end the evening.
Photo Adobe Stock Confrontés à l’extrême rareté des produits légaux, 11,2 % des Canadiens ont concocté des produits comestibles à base de cannabis depuis le début de la pandémie, selon un récent sondage.

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Avec le confinement, nous sommes prêts à tout pour nous tenir occupés. Nous cuisinons, nous jardinons et, bien sûr, nous nous offrons un petit verre de notre boisson préférée, question de passer le temps. 

Le cannabis fait aussi partie de nos vies depuis l’année 2018, et les produits comestibles à base de cannabis ont fait leur apparition en 2019.

Selon Statistique Canada, les ventes de cannabis à travers le pays ont atteint 2,03 milliards de dollars des mois de janvier à octobre 2020, et elles étaient en voie de se chiffrer à 2,61 milliards de dollars à la fin de décembre. Elles ont augmenté au cours de neuf de ces dix mois, malgré des problèmes de chaîne d’approvisionnement et une distribution plus lente dans les magasins à cause de la pandémie. 

Après l’Ontario, le Québec a enregistré la deuxième plus importante hausse mensuelle des ventes avec 6,7 %, et leur valeur atteignait 48 millions de dollars en octobre. Avec 53 magasins pour une population de 8,5 millions d’habitants, ce n’est pas si mal comme résultats.

Peu de produits légaux

Bien sûr, la majorité des consommateurs de cannabis l’inhalent. Mais puisque le corps humain n’a jamais été conçu pour inhaler de la drogue, certains se tournent vers les produits comestibles. Cependant, les restrictions très sévères de Santé Canada empêchent une entreprise de fabriquer des produits comestibles sans avoir accès à une usine licenciée complètement séparée physiquement des autres produits. 

Les prix sont aussi extrêmement élevés, et le marché noir a su s’adapter très rapidement. D’ailleurs, certains rapports indiquent qu’il occupe toujours entre 75 % et 80 % du marché canadien. C’est énorme.

Il est donc très difficile de se procurer des produits comestibles légaux sur le marché canadien présentement. Devant une offre manquante, du moins une offre légale, les Québécois et Canadiens semblent s’être mis à l’ouvrage. Selon un récent sondage effectué par l’Université Dalhousie, 11,2 % des Canadiens ont concocté des produits comestibles à base de cannabis depuis le début de la pandémie. Les ventes de cannabis sont en hausse, mais c’est possiblement parce que plusieurs font des expérimentations à la maison : biscuits, muffins, huiles, épices, et plus encore. La pandémie nous garde souvent à l’intérieur dans notre cuisine, et popoter avec toutes sortes d’ingrédients amène plusieurs personnes à faire des découvertes, et surtout, à essayer de nouveaux mélanges.

Ces expériences domestiques sont réalisées sans encadrement. Pour cuisiner avec du cannabis, il faut connaître les propriétés de cette plante, qui a été illégale pendant des années. Elle contient une panoplie de cannabinoïdes dont les vertus varient énormément. À moins de vraiment savoir comment utiliser le cannabis en cuisine, il est beaucoup plus prudent d’acheter des produits comestibles, mais le gouvernement Trudeau en a décidé autrement.

Règles beaucoup trop strictes

À l’époque de la légalisation, le gouvernement fédéral craignait les débordements, les risques sociaux et les accidents liés à une consommation de cannabis légale. La dernière chose que l’on voulait était de voir un enfant de 5 ans à l’hôpital après avoir ingurgité une barre de chocolat infusée de cannabis. C’est tout à fait normal, mais la réglementation est allée beaucoup trop loin.

Les règles strictes, qui constituent de véritables obstacles pour l’industrie agroalimentaire, empêchent les entreprises d’offrir des produits de qualité et sécuritaires aux consommateurs qui recherchent une sorte d’évasion en ces temps de confinement majeur. 

Et le CBD, un cannabinoïde efficace pour traiter l’anxiété et les douleurs sans effets psychoactifs, pourrait aussi aider. Mais pour l’instant, ce sont les consommateurs, les cuisiniers du pot.

Espérons qu’il n’y aura pas trop d’accidents puisque les places se font rares dans les urgences ces jours-ci. 

  • Dr Sylvain Charlebois est économiste et professeur à la Faculté d’agriculture ainsi qu’à la Faculté de gestion de l’Université Dalhousie, en Nouvelle-Écosse.